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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 18:00

un-homme-subit-une-perte-de-memoire-de-9-jours_22260_w250.jpg

 

Il y a un certain paradoxe à traiter d'une perte, d'un oubli, voir d'un trou si l'on est un peu plus vulgaire dans le premier thème d'un blog. Qui plus est quand on rajoute qu'il s'agit de la perte de mémoire pour certains c'est le summum.

 

Pourtant les évènements de Tunisie éclairent avec un certain éclat cette propension qu'ont nos dirigeants de tout bords politiques à oublier, à ne plus tellement se souvenir de beaucoup de choses. Qu'il s'agisse des amitiés, des combats ou des rencontres passées, nous avons le sentiment que le grand livre de l'histoire de notre pays serait pareil à une ardoise magique. Le présent effaçant donc le passé.

 

Rares sont donc ceux qui se souviennent ou veulent se souvenir de l'ami personnel de Jacques Chirac, Saddam Hussein, du passé auprès d'occident de personnages comme Deviedjan, Longuet, Madelin, de l'identité patriotique du Parti socialiste, de celle socialiste d’Éric Besson (je reconnais cette remarque comme narquoise et sarcastique) et plus récemment des changements d'opinions de nombreux politiques. Et ceux qui tentent de se rappeler et de le montrer reçoivent critiques et moqueries. Vieilleries, bassesses, le rappel du passé ne peut exister. L'homme politique serait-il sans passé ?

 

En fait ce serait plus le fait politique en lui même qui ne connait plus de passé. Ce qui était le fait essentiel la veille devient rapidement un évènement comme un autre, voir un souvenir le lendemain. Parlez encore aujourd'hui du régime des retraites et vous verrez. Le phénomène est de plus en plus prégnante et le temps médiatique entraînant le temps politique ou vice-versa s'est accéléré. Les hommes politiques vivent désormais dans l'instant, parlent dans l'instant, pensent dans l'instant. C'est ce qui les conduit à réagir toujours à chaud aux évènements, à être sur le coup en permanence, à commenter plus qu'à analyser.

 

Certaines personnes sarcastiques y verraient la marque d'un certain président. Je ne serais pas de celles-là. S'il est possible que Nicolas Sarkozy est développé ce phénomène il n'est en rien à son origine. C'est la société dans son ensemble et le comportement des français et peut-être même des humains qui a pris cette tournure. Tout va aujourd'hui plus vite, tout est dans l'instantanéité. Plus de passé mais aussi plus d'avenir. Les seules échéances qui interpellent au mieux sont celles des élections futures.

 

De ce fait on en revient à notre constat premier. La perte de mémoire. En fait elle n'a pas lieu, personne n'oublie ou alors au pire ou au mieux c'est selon feint d'oublier. La réalité est plutôt que l'on se doit de prendre position, d'avoir un avis en toute circonstance et surtout sur les circonstances.

 

Ainsi on a donc pût voir à la télévision Bertrand de Delanoë critiquer le président Ben Ali qu'il louait peu de temps avant. Mais il n'était pas seul. Nombreux sont ceux qui ont brusquement modifier leur discours en fonction des évènements. Ainsi pour en revenir à Saddam Hussein. Celui-ci n'a jamais été autant dictateur que durant sa chute et homme fréquentable que pendant son ascension et son règne.

 

Cette propension amène nécessairement les électeurs et même les téléspectateurs à s'interroger. Nos hommes et femmes politiques seraient-ils à ce point versatiles et opportunistes pour louer ce que la veille ils haïssaient ou inversement ? Si cela existe ce n'est nullement l'unique raison de ce comportement. On revient une nouvelle fois à notre conclusion initiale: plus de passé, plus d'avenir.

 

Ainsi l'action politique ou tout du moins sa communication semble constituée de multiples points successifs qui n'auraient aucun liens entre eux. On prend position, on commente, on donne son avis en fonction de l'évènement à l'instant T à l'heure H et ainsi de suite. Bien sûr certains hommes politiques conservent une ligne de conduite et une droiture morale et bien sûr aussi évoluer, changer d'opinion ce n'est pas forcément jouer avec les évènements et se moquer du monde.

 

Le professeur Jean-Pierre Martin a d'ailleurs sorti un livre : Éloge de l'apostat, Essai sur la vita Nova ; où il passe en revue des auteurs qui ont choisi de se réinventer, de devenir autre et parfois de briser des allégeances passées.

 

Le problème c'est que le phénomène actuel n'a rien à voir avec cela pour une raison fondamentale. Pour se réinventer il faut savoir qui on était avant et savoir qui l'on veut devenir ou qui l'on ne veut plus être. Et là on n'en vient à se demander si l'accélération du temps qui frappe notre époque n'est pas un terrible maux. Je vais paraître vieux con à 25 ans mais tant pis je tente. Avec cela ne risque-t-on pas de perdre notre identité ? En effet s'il faut donner des positions régulières et adaptées aux circonstances, comme se définir ? Et pourquoi les hommes politiques devraient forcément dans l'instant se positionner ? Donner leur opinion ? Peuvent-ils encore ralentir la chose où sont-ils condamnés ?

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Published by OverBlog - dans Histoire
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commentaires

vuparmwa 02/02/2011 14:43


Commençons ce commentaire en te souhaitant la bienvenue et espérant te voir poursuivre cette nouvelle aventure qui, après lecture de ce premier billet, risque d'être intéressante...

Continuons avec quelques réflexions livrées presque en vrac suite notamment à la lecture de ta prose et peut-être plus encore des commentaires qui l'accompagnent...


- tout va (trop) vite, on ne prend plus le temps de s'arrêter sur certains points, nous sommes dans la culture de l'immédiat, on semble oublier très vite le passé, un nouvel événement chasse
l'autre...
Difficile de dire le contraire...
C'est d'ailleurs un mouvement de la société dans son ensemble qui court vers un "toujours plus et toujours plus vite"

Est ce que pour autant on peut parler de perte de mémoire (en politique) ?
Je ne sais pas trop ; perd-t-on vraiment la mémoire notamment dans ce domaine ou plutôt est ce vraiment la mémoire que l'on perd ?
si on préfère effacer certains liens d'amitié du jour au lendemain en fonction de la situation, peut-on vraiment se dire ami ? l'a-t-on vraiment été ?

de la même façon, passer d'un camp à l'autre en mettant en œuvre des théories contestées quelques jours auparavant... est-ce vraiment un problème de mémoire ?

Ne serait-il pas intéressant de fouiller ailleurs, de voir s'il n'existe pas d'autres causes qu'une soudaine perte de mémoire ?

Passons à internet et son lien avec la mémoire.
outil formidable permettant de trouver bon nombre d'informations ? pas de doute mais, comme cela a déjà été un peu fait, nuançons un peu le propos.

Tout d'abord, pas si inintéressant de rappeler que tout le monde n'a pas toujours accès à la toile.
Même si, à cela, il sera sans rétorquer qu'il existe tout de même beaucoup de moyens de pouvoir combler un peu les lacunes.

internet, grande mémoire collective où l'on trouverait presque tout ? oui mais, sans tomber dans un mauvais discours sur le sujet, on y trouve vraiment de tout... et quand même un peu de n'importe
quoi...puisque finalement, actuellement n'importe qui peut écrire sur n'importe quoi ; il faut donc pouvoir faire le tri dans ce "tout".

internet, grande mémoire collective où on trouverait presque tout...à condition de savoir chercher...
c'est peut-être con à dire mais, devant cette immense masse, nombreux sont ceux qui se retrouvent perdu, qui ne savent quelle route emprunter...

internet, grande mémoire collective où l'on trouverait presque tout... et même plus encore ; voire même trop
d'ailleurs, assez rigolo de conclure (même si on aurait développer encore et encore, arrêtons nous là pour qu'un commentaire reste un commentaire) en faisant remarquer à la suite d'un sujet sur la
perte de la mémoire que l'une des grandes questions qui agitent le monde du net reste encore et toujours l'existence d'un réel droit à l'oubli pour que tout ne reste pas gravé dans le marbre et
qu'une petite phrase innocente écrite dans nos jeunes années nous poursuivent toute la vie, pour qu'une photo publiée par d'autres ne deviennent pas un boulet...

...


respolitica.over-blog.fr 02/02/2011 23:13



 


Pour revenir sur ses commentaires je dirais certaines choses.


 


Pour moi la perte de mémoire peut très bien être volontaire comme ne pas l'être. En somme on oublie ou on feint d'oublier. Il nous est arrivé à tous d'avoir des actes manqués ou de rater quelque
chose et de se dire qu'au final on ne devait pas le vouloir vraiment. Mon sentiment est qu'en l'espèce et justement sur le cas de la Tunisie c'est un peu des deux. Et il n'y a pas que les
politiques sur ce sujet. Le volte-face de certains journalistes est impressionnant. On passe d'un homme rempart à l'islamisme, de même en Égypte à un dictateur et les mêmes disent qu'ils ont
toujours critiquer le régime. Je n'ai pas encore entendu un journaliste ou un politique dire ben oui je le disais avant mais la situation à changé point. Là à la rigueur je trouverais la personne
courageuse


 


La même chose se passe pour le changement de camp mais en mettant une nuance et en revenant sur le principe de l'apostat dont je parlais. Je peux le comprendre ce changement de camp tant qu'il
fait l'objet d'une démarche personnelle et intellectuelle. Le problème c'est qu'on a plus souvent affaire à des opportunistes que des apostats. L'apostat se respecte c'est une évolution de la
personne, un changement qui nous plaît ou non mais construit, l'opportuniste profite juste de sa position. Tu te doute qui je vise.



Internet quand à lui je l'ai déjà évoqué l'accès à internet est en effet pas aussi important qu'on veut bien nous le dire et tout le monde ne l'utilise pas pour une pratique politique (j'y mets
personnellement pratiques syndicales, associatives aussi). Très souvent ce sont des activités associatives. Et tu as raison il faut savoir chercher sur internet comme on cherche dans les
journaux. Par exemple dans un marchand de journaux il fallait chercher l'information sérieuse, vérifiée et bien là c'est pas pareil sauf qu'en plus l'effet de masse noie encore plus la mauvaise
information et la bonne. Cela ne veut pas dire qu'Internet est une poubelle comme on veut nous le faire croire, simplement qu'il faut une démarche intellectuelle pour se dépatouiller dans tout
cela c'est tout.


 


Pas totalement faux et en même temps le crash d'un serveur fait parfois perdre tant de données. C'est assez complexe car il est vraiment que parfois on préfère et il vaut mieux oublier certaines
choses.



Fabien Lorc'h 27/01/2011 12:41


Sur le fond je ne peux que soutenir vos propos mais j'ai un problème sur votre idée que tout le monde peut se faire sa propre opinion et que le citoyen lambda a simplement accès à cela.

Tout d'abord précisons que tout le monde n'a pas accès à internet et pas tous aux haut-débit. D'ailleurs c'est dans les classes populaires voir très populaires qu'on retrouve les personnes ayant le
moins accès à cet outil. La fracture numérique est bien présente.

Ensuite je ne crois pas que le citoyen lambda aille nécessairement trouver ce type d'information ou faire de pareilles recherches. Comme toujours certains le feront mais en règle générale, très
souvent l'internet est un moyen de communiquer avec ses proches et de s'amuser et ce de manière plus importante dans les couches populaires.

On en revient donc à la même chose c'est ceux qui veulent chercher qui trouvent. Certes plus aisément et donc peut-être plus de personnes le feront. Mais il faut être lancer dans cette démarche et
donc aller à contre-courant de cette accélération du temps politique.

Je pense être un privilégié du fait de mon éducation notamment scolaire (et je remercie tout les jours mes parents de cela) en pointant du doigt cette question. Combien le feront où même
s'interrogeront juste un peu à ce sujet ? Et internet dans tout cela ne changera pas diamétralement la donne, il compensera peut-être un peu le phénomène, au mieux. Mais comme je l'ai dit peut-être
qu'il l'aura lui même accéléré.


Fabrice_BM 27/01/2011 12:08


Je suis tout à fait d'accord avec votre analyse. Les outils existaient auparavent, mais n'étaient pas assez faciles d'accès.
Rendez-vous compte du temps qu'il fallait pour retrouver des archives. Ayant eu à faire à cette inertie pour des travaux de recherche, je peux vous affirmer que l'on n'est plus dans le même
monde.
Avant, la présence de spécialistes était nécessaire. Eux-seuls avaient accès à cette information privilégiée (archives de journaux, radio et télé), et pouvaient, quand ils le voulaient rendre
importante la cohérence en politique.
Désormais, il est devenu très facile de se faire une opinion tout seul ! Il suffit pour cela de regarder sur le site des assemblées pour voir qui balance toujours systématiquement des lois
"caviardées" pour des lobbys, ou qui, aux responsabilités, appliquent des politiques, régulièrement en contradiction avec le discours. Ce n'était pas aussi simple avant. Notamment pour le citoyen
lambda.
Au final, nous ne faisons que rappeler le constat de la trop forte dépendance du secteur de l'information aux pouvoirs politique, industriel et financier.


Fabien Lorc'h 27/01/2011 11:45


Tout d'abord merci de votre réponse. Cela fait plaisir que ma maigre diatribe est un quelconque intérêt.

Je pourrais dire que j'ai oublié sciemment en effet l'internet dans mon analyse. Combien de commentateurs et d'auteurs le font et cela passe comme papa dans la bonne. Mais non en fait je l'ai
oublié par oubli tout simplement.

Je pense personnellement que l'internet accompagne tout de même le phénomène d'accélération du temps politique. Il n'en est nullement à l'origine mais peut-être l'accentue-t-il tout de même. En
effet avec Internet les informations peuvent circuler plus vite, la communication aussi et l'actualité du net est encore plus volatile que celle des médias traditionnels.

Alors certes il permet en effet de récupérer certaines déclarations comme vous le dites mais le phénomène est à double tranchant. Car comme je l'ai relevé parfois on ne trouve pas l'intérêt de
revenir sur ce passé, on dit que c'est inutile. De plus pour cela qui le désire les moyens étaient déjà présents avant pour revenir sur ses déclarations. Les archives des journaux papiers, l'INA
étaient une source d'information extrêmement intéressante. Mais on a l'impression que cette consultation était réservée aux historiens. En effet un journaliste qui oserait revenir sur un historique
plutôt que relater les faits seraient au mieux tatillon, au pire acerbe. C'est cela qui est triste comme dirait Bourvil.


Fabrice_BM 26/01/2011 01:33


Vous oubliez (peut-être sciemment) de rappeler l'importance d'internet dans cette mémoire. Avant il était possible de nier ce que l'on avait énoncé en ajustant la vérité (ex: Rocard sur son "La
France ne peut pas accueillir toute la misère du monde", auquel il a ajouté quelques années plus tard "mais elle doit en prendre sa part").
C'est désormais impossible avec la possibilité de consulter tous les propos des hommes politiques a posteriori.
Le cas récent de Michèle Alliot-Marie, sans doute trop imprégnée des pratiques politiques du XXème siècle, n'a pas pu s'empêcher de travestir ses propos avec moins d'un jour d'intervalle. Autant ce
genre de pratiques pouvaient fonctionner avant internet, autant désormais ceci n'est plus possible pour les habitués du net. Un petit coup de Jourmotion ou de Tontube, et la vérification permet de
se faire sa propre idée...
La vraie rupture en politique ce n'est pas la maximisation de l'entropie dans le but d'asphyxier les médias. Non, le réel changement que nous sommes tous en droit d'attendre nécessitera des hommes
et des femmes capables de prendre position via un cheminement patient ancré par des convictions profondes.