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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 09:01

 

 

 

 

 

 

Ces quelques extraits présentés ici ne sont que de maigres exemples d'une tendance de plus en plus grande. Celles qu'ont les hommes politiques à pratiquer le lapsus. Mais de suite se pose à cet égard une double interrogation.

 

  • Est-ce vraiment un lapsus ?

  • Est-ce vraiment une tendance ?

 

On est en droit de se demander si à chaque fois et de même manière le lapsus est avéré. Et plus particulièrement au sujet de Nadine Morano où d'autres. Car le lapsus à la base c'est l'inversion d'un mot pour un autre. Déjà il y a peu Lionel Jospin en était un spécialiste, Rachida Dati semble avoir repris le flambeau. Mais face à celui-ci on conserve souvent une certaine gentillesse, une courtoisie. Si l'on s'en amuse cela ne va pas plus loin. Le lapsus fait rire et peut conduire à se moquer mais guère plus. L'erreur, la faute, elle subit très souvent un jugement et parfois sévère de la part de ceux qui la voient. Car si dans le lapsus on a le sentiment que la langue à fourcher comme on dit, avec l'erreur il en va tout autrement. Là c'est une réflexion particulière qui a abouti à cette conséquence. En clair dans le lapsus on ne voulait pas dire ce que l'on a dit alors que dans l'erreur si. Et dans nos sociétés la volonté reste un élément central qui détermine nos jugements moraux. Alors il est facile pour beaucoup de se revendiquer plus facilement du lapsus que de l'erreur afin d'éviter justement ce jugement de valeur. Il vaut mieux en effet une moquerie à la place.

 

Dans le même temps il est tout à fait possible de s'interroger sur cette idée de tendance. Car sans nul doute l'écrit perdant souvent en force et le monde médiatique contemporain étant ce qu'il est nous serions plus portés à être attentifs aux dits lapsus. En clair un lapsus ou une erreur dite maintenant vaudra plus cher qu'à un homme politique du début du vingtième siècle par exemple. Ceci est dû à un double phénomène.

Le premier est l'attention plus ardue que porte les téléspectateurs, auditeurs, internautes à ses dires. On scrute, on regarde, on est attentif. Aiguillonnés parfois par des proches d’adversaires politiques bien comptants de trouver là matière à polémique ou même juste moquerie le décorticage est devenu un sport. Si l'on peut se réjouir d'une attention plus grande nous pouvons nous demander si elle ne porte pas plus sur la forme que sur le fond. En somme l'emballage plutôt que la nourriture. Il serait malhonnête de notre part de regretter l'intérêt à la forme dans notre situation mais tout de même si cela se passe au détriment du fond.

Le deuxième n'est pas tellement séparé de l'autre et l'y aide même. La massification des médias. Quand Jaurès faisait un lapsus dans un discours lors d'un meeting il pouvait tout au plus recevoir l'hilarité de l'assemblée et peut-être quelques papiers désobligeants dans des journaux opposés, voir dans certaines radios. Mais là le phénomène est plus massif. Le lapsus de Nadine Morano entraîne une réaction bien plus large. Et des personnes qui n'auraient pas eu de contact direct ou même indirect avec l'évènement peuvent en avoir jusqu'à l'image. De plus les médias développent notamment sur Internet un processus d'interaction. Les commentaires, les messages sur Facebook ou Twitter conduisent à relayer tout un méta-discours sur la bourde en question. En clair l'évènement semble occuper une grande partie de l'espace médiatique et intéresser nombre de gens. Là aussi un Jaurès aurait eu le droit à des discussions de comptoir, des rencontres entre amis, guère plus et celles-ci n'auraient eu aucun écho médiatique elles mêmes.

 

 

Toutefois si nous devons par ces remarques préliminaires tempérer donc l'idée générale il est certain que ces lapsus ou erreurs (nous utiliserons le qualificatif de lapsus par commodité) se développent. La rapidité et la profusion de celles-ci même sous le coup du phénomène médiatique sont indéniables.

 

Que révèlent ces fameux lapsus ?

Deux choses.

Tout d'abord l'art politique qui était celui de la concentration, de la réflexion avant l'action et aussi l'art rhétorique est devenu une sorte de réactivité à l'évènement. Nous l'avions déjà noté auparavant. Le temps politique c'est de plus en plus accéléré, à la fois par la massification des médias mais aussi par les acteurs eux mêmes. Ils sont à la fois victimes et responsables de cet état de fait. En réagissant vite et à l'instinct aux évènements l'importance ne se place plus sur la qualité de la réaction mais sa rapidité. En somme agissons vite plutôt que bien. L'idée de se poser d'attendre pour bien faire est devenu ringard. La preuve provient des émissions politiques elles mêmes. Elle ne cessent de raccourcir, de devenir de plus en plus dynamisés. L'interview politique de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1 tient en un peu plus de 9 minutes, celle de Jean-Michel Apathie sur RTL en 7 minutes. Et parfois comme dans l'émission dans laquelle se trouvaient Nadine Morano elle ne font plus partie que d'une émission plus globale. En somme noyées dans la masse. Les hommes politiques viennent de plus en plus régulièrement dans des émissions omnibus où l'on peut parler à la fois de politiques publiques et du dernier album d'un chanteur à la mode. Et lorsque l'émission leur ait pleinement consacré et dure longtemps, elle est souvent peut axée sur la réflexion politique et donne lieu à flatteries, par exemple comme dans Vivement Dimanche de Michel Drucker. Est-ce un mal ou un bien ? Je ne vais pas me cacher derrière mon petit doigt, vu le ton employé précédemment je regrette en partie cet état de fait mais je ne peut dire qu'il faut revenir à un ancien temps dans une tendance réactionnaire car ceci est un état de fait.

Dans le même temps l'homme politique doit s'exprimer. Comme tout invité qui se respecte l'homme politique ne peut dire qu'il n'a pas d'avis, qu'il ne sait pas, doit vérifier. Il n'est pas le seul. L'expression est devenu l'obligation. Le refus de l'expression est considéré comme un refus d'exercer son droit de citoyen ou encore une preuve de bêtise de la part de la personne. En somme celui qui s'exprime pas, loin d'apparaître sage et raisonné devient l'idiot, le renégat. La multiplication des tribunes, des agoras, comme ce lieu d'ailleurs, où l'on se doit de donner son opinion même si on a pas la moindre idée de la question posée est réelle. Là aussi il vaut mieux s'exprimer mal que pas s'exprimer du tout. Et n'osez pas demander qu'on vous repose la question, qu'on vous explique. Le rapport question-réponse n'est certainement pas un rapport de réflexion commune, il n'est qu'une relation binaire. Redemander c'est là aussi passer pour le dernier des imbéciles. On apparaît tellement bête de n'avoir pas compris une question dont le reste de l'auditoire qui n'en sait strictement pas plus fait tout pour laisser penser qu'il a totalement compris. De plus redemander c'est perdre aussi un peu plus du précieux temps qu'on a de plus en plus restreint pour s'exprimer. Pourtant les dictons populaires ne cessent de nous dire : « Il vaut mieux poser une question bête et avoir l'air bête pendant 5 minutes que de ne pas la poser et de rester bête toute sa vie. » Comme quoi les dictons populaires sont vraiment imbéciles.

 

En somme Rachida Dati, Nadine Morano, Frédéric Lefevbre sont à la fois les fruits et les acteurs conscients mais aussi inconscients d'un système qui nuit bien plus qu'on ne l'imagine à la réflexion et à la qualité du débat et de l'action politique et publique. Par le truchement de leur action mais aussi par celle de bien d'autres on assiste donc à une accélération et à une massification d'un temps de l'instant, de l'instinctif, du rapide et de l'expédié. Le pire c'est que ce phénomène loin d'en rester à la simple expression publique s'étend à toute la sphère politique et conduit à une conception politique faite pour le temps présent et l'immédiateté.

 

Comme quoi à en dire des conneries on conduit autant à en faire qu'à permettre à d'autres de réflechir.

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Published by respolitica.over-blog.fr - dans Communication et plus si affinités
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