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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 09:18

 

220px-AverroesColor.jpgLes dérives de l'universalisme

 

Les évènements en Côte d'Ivoire et qui se poursuivent en Libye m’amène à nouveau à m'interroger sur ce que l'on appel notamment le printemps arabe et principalement la relation qu'entretiennent les pays occidentaux avec ces évènements.

 

Inutile de le nier les relations entre ces derniers et la plupart des pays africains et même du moyen-orient est complexe, très complexe. Ma petite personne sera incapable malgré toute l'estime que je lui porte de dresser un tableau complet et peut-être même que mon raisonnement sera erroné en cela. Je laisse à la sagacité d'éventuels lecteurs le soin de corriger certains erreurs ou approximations. Mais il est indéniable qu'au sein de cette complexité se noue un élément particulier. Comment un modèle de régime d'origine européen comme l'est celui de la démocratie peut-il se répandre à l'ensemble du monde et doit-il même se répandre ?

 

Si j'ai emprunté le sous-titre de ce billet au livre d'Annamaria Rivera je ne porte pas tout à fait ma réflexion sur le même axe.

Généralement on penchait pour deux conclusions préliminaires :

- oui il faut répandre le modèle

- non il ne le faut pas.

La seconde concluait quasiment à l'idée que le régime démocratique était caractérisé culturellement et idéologiquement et n'était pas prévu pour ces pays là. Notez bien que cette expression n'est pas la mienne mais reflète cette pensée. Que ce soit dans une idée de jugement négatif ou au contraire louangeur d'un autre modèle qui existerait, cette conclusion rejetait toute idée d'universalisme. Parfois même on considérait alors la démocratie comme une amélioration, un progrès et qu'il fallait aussi pour cela un progrès des structures même du pays. Et même l'existence d'une liberté économique devait être corrélé à celle d'une liberté démocratique. En somme c'était l'idée que démocratie et libéralisme étaient liées. Nous nous attarderons pas sur cette fausse idée dont la Chine nous prouve chaque jour la non pertinence et dont le Chili de Pinochet semble être une expérience tout à fait réussie, comme vous le savez.

 

Étrangement sur le versant du progrès cette seconde idée rejoignait aussi la première par la conception qu'il fallait aider les populations en question à atteindre cet idéal. Car voilà, l'universalisme de la démocratie appelait aussi un messianisme, un prosélytisme. En même temps qu'une démarche économique, le colonialisme fut aussi une démarche idéologique. Notre piètre connaissance ne nous permet pas de savoir si le colonialisme idéologique n'était qu'une apparence mais il était toutefois une réalité. Il fallait aussi civiliser les sauvages, qu'ils soient bons ou mauvais. Cette démarche faisait montre d'un paternalisme et d'un ethnocentrisme certain. Mais les turpitudes de cette époque et les douleurs de la décolonisation et de la période post-coloniale a conduit à une décrédibilisation du colonialisme idéologique mais avec lui bien plus encore, de l'universalisme de la démocratie.

 

Le paradoxe c'est que cela n'a pas empêché les pays et régimes de poursuivre pour autant cette visée notamment via un paternalisme. Mais cela se faisait de manière plus insidieuse et peut-être plus retorse et perverse encore. Le colonialisme quelque soit sa nature fut et est encore un boulet aux pieds des pays occidentaux dont ils n'arrivent à se débarrasser. Les évènements libyens et ivoiriens notamment le prouve énormément. Comment soutenir des révoltes contre des régimes autoritaires sans apparaître comme un marionnettiste qui commande tout le monde ? Ce d'autant plus que les intérêts économiques avérés ou supposés portent directement le soupçon qu'il soit fondé ou non.

 

A l'inverse la sécurité particulière des dits pays occidentaux est venue s'opposer à leur message prosélyte. Ainsi le soutien à Ben Ali, à Moubarak et à tant d'autres ne s'explique pas autrement. Dans certaines opinions l'idée générale qu'il valait mieux tout plutôt que les barbus s'est répandu. La peur des islamistes, avérée ou non est devenue le thermomètre de soutien à des régimes. En somme l'opposition que celui-ci faisait à ces dits islamistes disait si oui ou non on le soutenait. La tentation était très grande de jouer de cela pour conserver soutien malgré l'absence de démocratie. Et de nombreux dirigeants l'ont même franchi. La situation algérienne ne peut se comprendre si on ne prend pas en compte cette question. La négation des élections de 1990 vient justement de la volonté de jouer cette peur de l'islamisme contre la démocratie. Le pire provient du soutien qu'ont offert les occidentaux à cette manœuvre. Car il extrêmement paradoxal de faire du prosélytisme pour la démocratie et quand celle-ci s'exerce, soutenir le rejet du résultat. Personnellement je reste toujours choqué quant-un Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l'Express se félicite de cette réaction. En somme on en revient là aussi à la vieille idée.

 

"Quand le peuple s'exprime et que la décision du peuple ne nous plaît pas il n'y a qu'à changer le peuple."

 

Avérée ou non - et j'aurais des doutes sur le fait qu'elle soit avérée - la menace de l'islamisme est une fausse menace. Si le choix est celui d'élire des islamistes et de manière démocratique il est complexe de s'y opposer surtout lorsque l'on a fait auparavant du prosélytisme idéalisé. Le pire est aussi la justification de cette conduite, conduisant à dire que les fameux peuples en question ne sont pas prêts et armés à cela et qu'ils courent un danger. Là aussi on retrouve la figure dont je parlais dans le précédent billet. Celle de l'africain ou de l'habitant du moyen-orient semblable à un enfant que l'on doit protéger. Certes les démocraties qui s'installeront dans ces pays seront jeunes, récentes mais le paternalisme qui en découle est littéralement grotesque.

 

Mais il s'explique en grande partie par la méconnaissance. Par la méconnaissance de la diversité des pays d'Afrique et du Moyen-Orient, des peuples, des situations, dont nous parlions précédemment.. Parler de printemps arabe semble en lui même le symbole de cet amalgame et cette méconnaissance. Méconnaissance aussi du passé et de la culture. Je reste sidéré personnellement d'avoir suivi des études politiques et de ne pas avoir eu ou peu d'approches sur les philosophes, sur les politiques à la fois d'Afrique et du Moyen-Orient. Je ne veux nullement accusé mes professeurs pour qui j'ai une grande estime et je sais très bien qu'il s'agit là d'un choix pédagogique nécessaire, on ne peut tout voir, mais comment ne pas regretter de ne pas avoir pût avoir ce contact. Même si quelques uns de mes camarades font la passerelle. Car en effet Averroès ou Ibn Ruchd, Ibn Khaldoun, et même Moïse Maimonide sont aussi des fenêtres ouvertes sur une réflexion politique, philosophique et religieuse. L'occident a trop souvent tendance à se considérer comme le seul et unique philosophe et penseur.

 

Ces évènements en plus d'un éventuel espoir peuvent être aussi une fenêtre sur des champs de la pensée méconnues jusqu'ici, profitons-en pour les saisir.

 

 

[La photo d'Averroès en haut du billet est un détail de la toile du XIVe siècle, Triunfo de Santo Tomás, de Andrea de Bonaiuto et je l'ai trouvée sur Wikipedia. Oui moi quand je l'utilise je le cite, c'est un minimum.]

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Published by respolitica.over-blog.fr - dans International
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