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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 19:57

 

Girodet-Anne-Louis-La-Revolte-du-Caire.jpgAlors que les différents pays de la méditerranée et au delà sont secoués par des mouvements de libération et que cela bouleverse une grande partie de la géo-politique actuel il paraît important que s'interroger sur la question.

 

Mais votre serviteur malheureusement n'a pas les connaissances en relations internationales et de la culture du Maghreb ou du moyen-orient pour traiter le sujet de façon appropriée. En clair j'aurais trop peur de me planter joyeusement.

 

Par contre je pense que l'on peut aussi s'interroger sur la question en utilisant les choses que je maîtrise soit la philosophie politique et la théorie politique.

 

Car si l'on ne peut que se réjouir avec notre esprit révolutionnaire par ailleurs français de la libération de peuples nous pouvons tout de même nous demander s'il s'agit là de mouvements démocratiques. Les observateurs sont quasi unanimes c'est le cas. Bon ben voilà c'est fini en revoir. Plus sérieusement il convient de se demander ce que l'on appelle démocratie. Est-ce le modèle démocratique occidentale ? Libéral et rationnel, issu principalement du rationalisme continental ou écossais ? En somme soyons la question sous-jacente serait l'islam serait-il compatible avec notre sécularisme et libéralisme.

 

Nous nous sommes aperçu que la volonté universaliste de développer, voir d'importer le modèle démocratique occidental a conduit soit à des intentions de principe : ONU ; ou pire à un des échecs, voir des désastres : Irak, colonialisme,... Cet échec conduit à se demander si la démocratie ne serait pas faite que pour les occidentaux. Sauf que nous pouvons objecter que ce n'est pas parce qu'un cuistot est mauvais que les aliments qu'il utilise le sont aussi. Ainsi la difficulté principale de ces échecs provient principalement de la volonté d'imposer ou d'importer le modèle. Il apparaît aux yeux de tous que les évènements actuels sont issus des peuples eux-mêmes et non d'une importation étrangère. Quoi que... comment ne pas nier que la mondialisation médiatique a pût jouer aussi. Il m'est souvent apparu gênant de voir certains occidentaux s'ébahir sur le fait que beaucoup d'étrangers voyaient les mêmes chaînes de télévision qu'eux, lisaient les mêmes livres qu'eux, écoutaient la même musique qu'eux. On peut s'en réjouir, où s'en désoler mais il est certain et plus particulièrement pour les pays d'Afrique du Nord que l'impact de l'image médiatique de l'occident en bien ou en mal joue.

 

Pour en revenir à l'idée d'importation que l'on sait avoir été défendu par les néo-conservateurs américains mais déjà élaborée dans l'idée par la doctrine Truman du containement si elle apparaît vouer à l'échec conduit à une autre conclusion. Il y aurait une culture de la démocratie et ainsi tout les pays ne peuvent être démocrates et certainement pas de suite.

 

Si cette idée apparaît pour les pays qui se révoltent aujourd'hui nier pas mal de leur histoire, notamment des penseurs comme Ibn Khaldoun, Averroès et même Confucius et leurs différents successeurs. J'ai toujours été fasciné par l'idée qu'avait pas mal d'observateurs occidentaux en disant qu'il manquait à l'islam son Voltaire. Déjà l'idée même apparaît porter un décalque de notre propre vie sur une autre et au passage nie des courants philosophiques profonds dans des pays musulmans ou non. Même chez des personnes que je trouve plutôt respectables comme Joseph Macé-Scaron la tentation arrive parfois de reprendre des schèmes de pensée purement occidentaux et ainsi de comparer la Lybie de Khadafi à la Roumanie de Ceaucescu. Et le pire c'est que cela s'avère pas totalement faux mais nie aussi au passage les particularités de ces pays.

 

Il apparaît donc clairement que si effectivement la démocratie peut émerger partout elle doit être le fait des peuples eux mêmes et l'occident si il doit avoir une mission en la matière ne peut être que celle d'accompagner et non de diriger pareils changements. Car le racisme ce n'est pas que considérer l'autre, l'étranger comme dangereux mais cela peut-être de le considérer comme inférieur, comme un petit enfant que l'on doit guider. Sauf qu'avant de faire tout cela il faut peut-être aussi au passage s'intéresser vraiment aux pays dont on s'occupe et ne plus les considérer comme un espèce d'ensemble. Ainsi pourquoi continue-t-on à parler de l'Afrique comme quelque chose d'unique, d'uniforme ? Les similarités entre l'Algérie et le Cameroun sont aussi grandes qu'entre la France et la Russie et pourtant personne ne les confond. Ainsi si l'on parle d'Europe on continue à penser diversité, pareil en Amérique malgré l'hégémonie états-unienne. Même si l'on commencer à différencier le Maghreb des autres pays d'Afrique cela reste encore trop peu. Non les tunisiens ne sont pas les lybiens ni les égyptiens. Pourtant dès le début des évènements en Tunisie le spectre de l'Iran fut rapidement agiter comme un chiffon rouge. « Attention nous allons avoir des régimes islamiques partout ! » Évidemment le désordre a parfois entraîné des régimes bien plus dangereux que l'ordre (voir à ce sujet l'excellent papier de Romain Pigenel), mais avec cette logique on en vient à cautionner le fait de maintenir des dictatures pour éviter le spectre hypothétique de l'islamisme. En somme il vaut mieux une grippe éternelle plutôt qu'un choléra possible. S'il faut discuter l'importance de la grippe ce raisonnement est celui de la facilité et du contentement d'avoir le soutien à moindres frais de dirigeants pas vraiment regardants sur les droits de l'homme. De la Realpolitik que l'on appelle ça.

 

J'ai envie de faire mon cuistre alors à l'instant et citer du Rousseau : « Ceux qui voudront traiter séparément la morale et la politique n’entendront jamais rien à aucune des deux. » Jean-Jacques Rousseau L’Émile. Certes nous avons compris depuis Machiavel et encore selon l’interprétation que l'on en fait que par nécessité il pouvait arriver que l'on pouvait dépasser la morale pour des raisons politiques mais cela ne signifie pas pour autant que les deux ne soient pas lier et l’accommodement qui a été fait avec nos joyeux amis dictateurs ne l'a été que sur l'autel et la Real Economic. En somme guider par des intérêts économiques nous avons préférer l'ordre sans respect des droits de l'homme plutôt que le désordre avec. À y regarder de plus près cette logique n'est que le fruit d'un abandon progressif de la force et de qualité du politique. En somme l'aveu d'un échec. Le pire c'est qu'on a le sentiment de voir dans ces évènements au contraire un réveil de la dimension politique avec bien évidemment ces excès et les démocraties occidentales particulièrement la notre qui court après. En somme on aurait droit à une leçon de démocratie par des pays qui ne la souhaitent pas forcément et qui peut être ne l'atteindront pas non plus.

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Published by respolitica.over-blog.fr - dans International
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