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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 17:20

 

ANSSI_logo_rond_250-3ca2f.gifLe 25 Octobre 2012 dans le cadre du cycle de conférences du comité cyber-défense de l'ANAJ-IHEDN intervenait Patrick Pailloux Directeur Général de l'ANSSI à l’École Militaire. Sa présentation débutant elle fit vite tiquer votre serviteur sur un point particulier. Patrick Pailloux définit rapidement Internet ou plutôt le cyberespace comme une « jungle ». Là les lois ne peuvent s'appliquer, la souveraineté est inexistante et donc les frontières aussi.

 

Rapidement ce tableau apparaît comme grossier, assez rapidement dressé et très alarmiste. Il existe largement des cadres d'applications de lois nationales au cyberespace et elles le sont fréquemment. De plus de nombreux accord internationaux spécifiquement pour le cyberespace existent. Ainsi le rôle de l'ICANN rappelé très justement par Nicolas Caproni n'est pas anodin. Ensuite la technique elle-même régule l'organisation du cyberespace et crée ses propres normes par sa simple existence. Enfin dans de nombreuses études il est constaté un phénomène de glocalisation et non de globalisation. La figure de nombreuses communautés interconnectées est plus réaliste que le village global de Mac Luhan1 longtemps conceptualisé. Il est possible de supposer que cette aggravation des dangers et surtout de l'absence de contrôle proviennent du rôle de Pailloux chargé de la sécurité des systèmes informatiques de l’État. Cette supposition semble confirmée par la concordance des positions avec l'officier général cyberdéfense de l’État-major des armées, le Contre-Amiral Coustillière.

 

Sur twitter la conversation a rapidement conduit à questionner cette appréciation. Et Nicolas Arpagian de nous suggérer une autre. Le cyberespace serait pour lui une « cour de récréation d'école, avec les bons élèves, ceux qui rackettent ou dealent, ceux qui veulent faire la loi et des pions au milieu. » Bien que lancée simplement afin de participer au débat cette perception et cette métaphore nous apparaissent très pertinentes. Si nous souscrivons totalement à la déconstruction des États-Nations, des théories juridiques et politiques par le biais de l'existence du cyberespace, il apparaît clairement sur-évalué d'y voir une jungle, un chaos, l'anéantissement total de règles ou de contrôle. La variété de modalités, de réussites ou d'échec, d'acteurs plus ou moins désirés et plus ou moins légaux ne signifient pas la perte complète de repères et de solutions.

 

Cette définition rapide nous l'avons dit de l'aveu et nous ne pouvons lui en faire grief, nous apparaît pertinente mais problématique dans la dimension métaphorique. Le cyberespace ne serait-il pas plutôt un archipel ? Nous reprenons la terminologie de Drapher mais aussi les réflexions de Daniel Ventre quant-à une analogie du cyberespace et du domaine maritime2. Dans les deux nous retrouvons des lois locales, nationales ou européennes, par exemple des accords internationaux, des acteurs clairement identifiés mais aussi des pirates, des corsaires, des îlots perdus ou originaux comme Sealand ou Pirate Bay. L'esprit flibustier est d'ailleurs très présents dans l'imaginaire hacker dont la philosophie à construit une grande partie de la culture du cyberespace.

 

Bien loin d'être une jungle sans loi ni limite le cyberespace est semblable à notre monde, une déconstruction des institutions, une recomposition des acteurs est glocalisation à géométrie variable.

 

 

1Marshall McLuhan, Le village global, transformations de la vie sur terre et des médias au 21e siècle(en) The Global Village, Transformations in World Life and Media in the 21th Century œuvre posthume avec Bruce R. Powers, Oxford University Press, New-York, 1989, 222 p.

2Daniel Ventre, Cyberattaque et cyberdéfense, Hermès, 2011

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Published by Respolitica - dans NTIC
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