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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 14:53

mariage-pour-tous-signez-la-petition.pngÉtrange sentiment m'envahissant ce dimanche 16 décembre où j'imagine ces lignes. Dans les rues de grandes villes s'avancent de nombreuses manifestations pour le mariage pour tous. Mon caractère favorable à la fois à cette mesure et à la manifestation en général – réminiscence d'un romantisme facile de la contestation sans doute – m'amènerait à joindre mon cœur à celui des gens qui arpentent les rues et usent chaussures et voix. Avec d'ailleurs pour cela comme seule récompense des ampoules au pied, la voix de Jeanne Moreau pendant quelques jours et le sentiment du devoir accompli dans la communion de ceux avec qui l'on partage pour une fois les mêmes valeurs, le même idéal.

 

Mais dans le même temps un étrange réflexe m'amène à me reculer de trois pas. Quel étrange pays que le mien où le parti majoritaire au pouvoir fait pression que le gouvernement par des manifestations et des pétitions pour une mesure prévu à l'agenda électoral, soutenue par une majorité de la population des parlementaires. Le paradoxe vient s'achever quand au surplus on passe à l'essence de la manifestation. Ce droit essentiel, indispensable et fondamental qui doit être reconnu à tous est celui de la contestation, de l'opposition. Alors pourquoi des personnes pour la plupart si ce n'est soutien tout du moins dans la majorité actuelle viendrait à l'utiliser ? Une association étrange qui vient d'ailleurs fusionner méthodes du militantisme classique (manifestations) et ce que certains appellent nouveau militantisme1 (pétitions). Si ce questionnement appelle des questions de fond : union sur le sociétal, peu des manifestations précédentes de Civitas et du GUD, soutien critique sous une étrange forme,... Des questions de forme existent aussi.

 

Selon mon opinion la réponse est peut-être à trouver dans des habitudes de la gauche, celle de la contestation, de l'opposition justement. Peut-être aussi la gauche n'a-t-elle pas totalement pris la mesure de l'exercice du pouvoir2 ? D'aucuns me diront l'argument spécieux la gauche ayant déjà eu l'expérience du pouvoir à plusieurs reprises depuis 1981 et ils auront peut-être raison. Mais étrangement je n'arrive pas à expliquer autrement ces actions. À moins peut-être de verser dans le cynisme de la tactique politicienne pour exister. Je n'ose le penser car cette instrumentalisation de sujets sociétaux pas du tout in-importants serait bien cavalière et bien inutile. Et pour revenir à notre argumentation initiale et laisser là nos vagabondages d'esprit, nous nous questionnons quand au but à atteindre ? Est-ce pour convaincre les français de l'utilité de l'adoption d'une telle mesure ? J'ose espérer que la pédagogie et le débat suffira à convaincre une population déjà convaincue. Pour forcer les parlementaires à aller plus vite ? Peut-être mais pas certain que cela soit sain pour le débat parlementaire. Agir médiatiquement, se montrer ? La plus vraisemblable raison mais la pire aussi. En tout cas cela amène à penser que la gauche se conçoit à la fois comme le peuple dans son ensemble et comme la citadelle assiégée de toute part par des forces nombreuses et diverses. Les vieux réflexes font parfois les pires réactions.

 

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1 Jacques Ion, La fin des militants ?, Éditions de l'Atelier, 1997, avec Spyros Franquiadakis et Pascal Viot, Militer

Aujourd'hui, Editions Autrement, 2005, et « Le nouveau paysage militant », in Sciences Humaines, n°166 décembre

2005, propos recueillis par Xavier Molénat

2 Gérard Grunberg et Alain Bergounioux, Les socialistes français et le pouvoir : L'ambition et le remords, Hachette, édition revue et augmentée 2007

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Published by Respolitica - dans Philosophie
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