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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 20:11

Big-Brother-600x450Étrange ballet auquel nous avons eu le droit en ce jour. Avec une indignation systématique, un outrage parfaitement réel, les dirigeants de l'Union Européenne à commencer par les nôtres s'insurgent du comportement des États-Unis dont les grandes oreilles de la NSA auraient espionné les systèmes informatiques de plusieurs bureaux de l'Union Européenne. En somme les révélations du Der Spiegel apparaissaient comme faisant l'effet d'une bombe totale mêlant surprise et consternation.

 

De la surprise nous pouvons en avoir quand nous savons que les États-Unis dans et au delà de PRISM on mit en place un système de surveillance généralisée à très grande échelle avec le soutien au moins technique voir plus de Microsoft, Yahoo !, Google et Facebook et que cette information est publique depuis plusieurs semaines au moins. Suite aux révélations d'Edward Snowden dans le Guardian. Mais bien avant cela depuis plusieurs années, en 1988 par la révélation par Duncan Campbell dans « Somebody's Listening » du programme Echelon (Veuillez excuser cet article de votre serviteur datant pour lui de l'époque autant sur la forme que le fond).

Les révélations de Snowden n'ont provoqué aucune indignation que ce soit de la part des politiques ou du grand public. Mais alors que s'est-il passé ici ? La différence majeure tient au fait que les États-Unis n'ont pas espionné m'importe qui, pas des citoyens ordinaires mais des diplomates, des politiciens et des représentants. Pour les élites cela devient inacceptable. En effet c'est désormais eux directement qui sont concernés, qui sont visés. Drôle de conception me direz vous mais largement partagée dans certains cercles soyez en sûr.

 

En fait la culture de la surveillance généralisée est largement répandu à tout les niveaux. Vidéo-protection pour qualifier ce qui est de la vidéosurveillance, filtrage comme solution au problème de sécurité publique que pourrait provoquer Internet, loi liberticides en rafale. Le bas-peuple lui doit être surveillé pour son bien, surtout depuis les attentats du 11 Septembre 2001. L'objectif aussi impossible qu'inextinguible, repérer, cartographier et analyser l'ensemble des relations de cibles potentielles. Leur nombre et le cercle de ses relations ne cessant de s'étendre. Tout le monde désormais doit être surveillé. Mais ce qui peut tout à fait être accepté pour le bas-peuple ne l'est pas du tout pour les élites.

 

Mais en matière au moins de communication politique les réactions sont certes nombreuses mais extrêmement stupides. Elles surjouent l'indignation et la surprise. Ainsi de Fleur Pellerin, Viviane Redding commissaire européenne à la Justice et aux droits fondamentaux dans une conférence au Luxembourg déclarant "Les partenaires ne s'espionnent pas entre eux". Cette surenchère provoque un effet désastreux, l'impression d'une naïveté totale et d'une ignorance aussi grande. Les services d'espionnages sont là pour espionner, les nôtres comme les autres, c'est leur rôle et malgré le sentiment de nos élites le citoyen n'est pas du tout ignorant de cela. Pire même il a accepté cet état de fait en acceptant par la même la culture de la surveillance généralisée. La surprise et l'indignation conduit donc à renforcer la déconnexion entre peuple et élites surtout quand on s'aperçoit que cette dernière, tout bord politique confondu, ne réagit que quand cela le touche.

 

Une autre hypothèse de cette réaction reposerait sur l'absence de compréhension de la dimension pourtant évidente d'Ordre Public et de souveraineté de la question. C'est donc aussi la faiblesse évidente des États de droit à défendre en la matière les libertés individuelles de ses citoyens et leur souveraineté numérique qui s'étale au grand jour. Et je ne parle pas ici de ce mensonge marketing de Cloud Souverain comme solution mais bien toute la chaîne de commande de la question.

 

Les deux hypothèses évoquées pour comprendre ces réactions sont loin d'être antinomiques et au contraire se complètent. Elles symbolisent en effet la perte claire et nette du bien commun et de l'intérêt public en matière numérique et sans doute dans d'autres domaines. Perte qui ne sera certainement pas corriger après avoir posé quelques questions aux États-Unis. Car après quoi ? Doit-on rappeler encore une fois à nos dirigeants que défendre partout le principe des libertés individuelles et donc aussi sur le numérique devrait être leur priorité ? Certainement et malheureusement. Une séquence complètement ratée donc pour l'instant.

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Published by Respolitica - dans NTIC
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