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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 09:39
Quand la démocratie fricote avec la dictature

Dans l'imaginaire courant nous avons la plupart du temps l'automatisme d'opposer les démocraties aux régimes dictatoriaux au sein de la Communauté Internationale. Mais en fait le problème est bien plus complexe que cela et cette opposition tombe en décomposition face aux données objectives. Très souvent, les deux « camps » que nous créons nous-même jouent un peu au jeu du chat et de la souris et font montre de graves liaisons dangereuses. Quand des intérêts supérieurs aux idéaux sont présents, on oublie tous les principes et on se risque parfois à se « prostituer ».

 

Principalement, l'élément moteur de ces relations perverses est l'argent, le flouze, la maille, la thune, le fric, le pognon, les sous, ou plus généralement l'économie.
Car, très souvent, on conçoit que l'on puisse oublier les préceptes imposés par la démocratie pour le « bonheur » des habitants du pays en dynamisant le commerce et l'économie. C'est ainsi pour cela que l'on a déroulé le tapis rouge à la Chine qui devient une force économique en puissance sans pour autant se rappeler les droits de l'homme bafoués dans le pays. Le même processus a été fait en France récemment à l'égard de Khadafi, El-Assad, Ben Ali,...

Après la deuxième guerre mondiale, les alliés considérés alors comme les sauveurs de la barbarie eurent par exemple comme objectif premier la chasse aux spécialistes allemands de la réaction et des fusées. Comme ceux qui avaient participé au programme V2. Les nazis avaient fabriqué pendant la guerre plus de 2000 de ces engins balistiques, les premiers du genre, qui transportaient une tonne d'explosif et firent des ravages sur Londres et Anvers. Les américains en transportaient quelques exemplaires dans le désert d'Arizona, sans chercher à camoufler leur origine. Ils avaient entre leurs mains le plus important responsable allemand de ces fusées, un véritable génie du mal Verner Von Braün qui avait fait construire les V2 par les déportés des camps de la mort comme le tunnel de Dora. Ce qui ne l'empêchera pas de parader auprès des présidents ou de faire l'ouverture des journaux télévisés quand il aura fait en 20 ans du V2 la fusée Saturne et réussit à l'envoyer sur la Lune.
Les russes avaient réussi à capturer un nombre équivalent de savants allemands sans doute les meilleurs, puisqu'ils permirent à l'URSS de prendre une avancée certaine en lançant le premier satellite artificiel Spoutnik. Les russes vont aussi transformer le V2 en Skud, le missile que l'on retrouvera jusqu'en Irak. Les français eux s'étaient adjugés les techniciens de BMW qui fabriquèrent le premier réacteur national l'Atar. Il équipera le Mirage de Marcel Dassault, l'un des plus grands succès de l'aéronautique française.

Très souvent ce sont les Etats-Unis d'Amérique qui se trouvent mêlés à des conflits entre leur propre intérêt et la consistance démocratique. En effet on ne compte plus le nombre de présidents, rois ou chefs d'état, destitués, institués ou tués avec l'appui de la CIA ou des forces spéciales américaines. On se souvient de Augusto Ugarte Pinochet qui avec l'appui de la CIA renversa Salvador Allende le 11 septembre 1973. Mais les exemples sont encore plus divers et variés. Ainsi pour le pétrole et l'argent et surtout de la présidence du gouvernement Bush, les Saoudiens sont considérés comme des invités de marque à la Maison Blanche et extrêmement protégés, alors que beaucoup de gens connaissent les liens entre les princes saoudiens et la famille Ben Laden qui y est d'ailleurs originaire et de nombreux membres imminents du terrorisme islamiste, souvent financés par les fonds du pétrole saoudien. Rien n'est donc aussi simple au royaume du billet vert.

Mais ne leur jetons pas tout de suite la pierre. Car comme l'a dit l'homme vénéré par W., je veux bien sûr parler de Jésus, que celui qui n'a jamais péché leur jette la première pierre. En effet on France et dans l'Europe en général nous n'avons pas été en reste. Après les nazis notre soutient ne se porta pas toujours à des personnalités ou des autorités très démocratiques. En Afrique principalement, notre appui envers Mobutu, Bocassa et autres fait tâche. Le patriotisme et la fierté nationale conduisent aussi à une promotion de l'armement national de chacun. La vente à des pays tendancieux comme la Lybie ou l'Irak est donc possible. Mais encore la vente d'hélicoptères à l'Afrique du Sud fut faite alors que la France savait pertinemment qu'ils servaient à réprimer directement des manifestations.

Ailleurs, les exactions des Etats lorsqu'ils règlent leurs problèmes internes choquent grandement. La Turquie qui tente de se donner une image démocratique pour pouvoir espérer entrer dans l'Union Européenne a de sérieuses difficultés quant on voit le tableau Kurde. La Russie apparaissait dans ces premières années comme une future démocratie est gangrenée par la corruption, les guerres intestines et des guerres caucasiennes, dont celle de la Tchétchénie, qui montrent une image très noire du pays. De plus il faut constater qu'en cours de conflits beaucoup d'Etats utilisèrent des armes bactériologiques ou incendiaires comme par exemple les Etats-Unis avec le Viêt-Nam et sous la première guerre mondiale les Etats s'opposèrent à coup de gaz moutarde malgré leur statut de nations démocratiques.

Vous voyez donc que la limite entre démocratie et régime dictatoriale est très fine quand aux méthodes employées et que très souvent elle se franchit sans vergogne ni regrets lorsque des intérêts supérieurs dont l'argent et le pouvoir sont en jeu. Combien de compagnies, anglaises, françaises, américaines ou allemandes ont signé des contrats avec l'ancien Etat Irakien de Saddam Hussein ? Rien n'est vraiment simple dans le monde diplomatique. On traite avec des barbares, et ce parfois pour sauver des vies honorables. Il ne faut donc surtout pas reproduire le schéma simpliste et complètement idiot de l'axe du mal et celui du bien. On doit par contre rester objectif et les yeux grands ouverts pour éviter que l'erreur s'immisce dans notre vision des choses.

Une partie de ce texte est de Daniel Costelle et est extrait du magnifique documentaire Les ailes des héros produit par France 3 INA entreprise, Colster Fibuns CC et C.

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Published by Respolitica - dans Histoire
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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 18:00

un-homme-subit-une-perte-de-memoire-de-9-jours_22260_w250.jpg

 

Il y a un certain paradoxe à traiter d'une perte, d'un oubli, voir d'un trou si l'on est un peu plus vulgaire dans le premier thème d'un blog. Qui plus est quand on rajoute qu'il s'agit de la perte de mémoire pour certains c'est le summum.

 

Pourtant les évènements de Tunisie éclairent avec un certain éclat cette propension qu'ont nos dirigeants de tout bords politiques à oublier, à ne plus tellement se souvenir de beaucoup de choses. Qu'il s'agisse des amitiés, des combats ou des rencontres passées, nous avons le sentiment que le grand livre de l'histoire de notre pays serait pareil à une ardoise magique. Le présent effaçant donc le passé.

 

Rares sont donc ceux qui se souviennent ou veulent se souvenir de l'ami personnel de Jacques Chirac, Saddam Hussein, du passé auprès d'occident de personnages comme Deviedjan, Longuet, Madelin, de l'identité patriotique du Parti socialiste, de celle socialiste d’Éric Besson (je reconnais cette remarque comme narquoise et sarcastique) et plus récemment des changements d'opinions de nombreux politiques. Et ceux qui tentent de se rappeler et de le montrer reçoivent critiques et moqueries. Vieilleries, bassesses, le rappel du passé ne peut exister. L'homme politique serait-il sans passé ?

 

En fait ce serait plus le fait politique en lui même qui ne connait plus de passé. Ce qui était le fait essentiel la veille devient rapidement un évènement comme un autre, voir un souvenir le lendemain. Parlez encore aujourd'hui du régime des retraites et vous verrez. Le phénomène est de plus en plus prégnante et le temps médiatique entraînant le temps politique ou vice-versa s'est accéléré. Les hommes politiques vivent désormais dans l'instant, parlent dans l'instant, pensent dans l'instant. C'est ce qui les conduit à réagir toujours à chaud aux évènements, à être sur le coup en permanence, à commenter plus qu'à analyser.

 

Certaines personnes sarcastiques y verraient la marque d'un certain président. Je ne serais pas de celles-là. S'il est possible que Nicolas Sarkozy est développé ce phénomène il n'est en rien à son origine. C'est la société dans son ensemble et le comportement des français et peut-être même des humains qui a pris cette tournure. Tout va aujourd'hui plus vite, tout est dans l'instantanéité. Plus de passé mais aussi plus d'avenir. Les seules échéances qui interpellent au mieux sont celles des élections futures.

 

De ce fait on en revient à notre constat premier. La perte de mémoire. En fait elle n'a pas lieu, personne n'oublie ou alors au pire ou au mieux c'est selon feint d'oublier. La réalité est plutôt que l'on se doit de prendre position, d'avoir un avis en toute circonstance et surtout sur les circonstances.

 

Ainsi on a donc pût voir à la télévision Bertrand de Delanoë critiquer le président Ben Ali qu'il louait peu de temps avant. Mais il n'était pas seul. Nombreux sont ceux qui ont brusquement modifier leur discours en fonction des évènements. Ainsi pour en revenir à Saddam Hussein. Celui-ci n'a jamais été autant dictateur que durant sa chute et homme fréquentable que pendant son ascension et son règne.

 

Cette propension amène nécessairement les électeurs et même les téléspectateurs à s'interroger. Nos hommes et femmes politiques seraient-ils à ce point versatiles et opportunistes pour louer ce que la veille ils haïssaient ou inversement ? Si cela existe ce n'est nullement l'unique raison de ce comportement. On revient une nouvelle fois à notre conclusion initiale: plus de passé, plus d'avenir.

 

Ainsi l'action politique ou tout du moins sa communication semble constituée de multiples points successifs qui n'auraient aucun liens entre eux. On prend position, on commente, on donne son avis en fonction de l'évènement à l'instant T à l'heure H et ainsi de suite. Bien sûr certains hommes politiques conservent une ligne de conduite et une droiture morale et bien sûr aussi évoluer, changer d'opinion ce n'est pas forcément jouer avec les évènements et se moquer du monde.

 

Le professeur Jean-Pierre Martin a d'ailleurs sorti un livre : Éloge de l'apostat, Essai sur la vita Nova ; où il passe en revue des auteurs qui ont choisi de se réinventer, de devenir autre et parfois de briser des allégeances passées.

 

Le problème c'est que le phénomène actuel n'a rien à voir avec cela pour une raison fondamentale. Pour se réinventer il faut savoir qui on était avant et savoir qui l'on veut devenir ou qui l'on ne veut plus être. Et là on n'en vient à se demander si l'accélération du temps qui frappe notre époque n'est pas un terrible maux. Je vais paraître vieux con à 25 ans mais tant pis je tente. Avec cela ne risque-t-on pas de perdre notre identité ? En effet s'il faut donner des positions régulières et adaptées aux circonstances, comme se définir ? Et pourquoi les hommes politiques devraient forcément dans l'instant se positionner ? Donner leur opinion ? Peuvent-ils encore ralentir la chose où sont-ils condamnés ?

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