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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 11:18

Mes chers amis,

Pour mon retour en ce lieu je me suis dit qu'il fallait voir les choses en grand.
Et comme je me suis actuellement sans emploi j'ai pensé qu'une candidature d'emploi serait plutôt à propos.
Et pourquoi pas au sein d'une institution ayant une certaine importance, envergure.
Comme justement une certaine revue, pour ne pas la nommer la Revue des Deux Mondes faisait un peu l'actualité j'ai pensé à propos de faire rapidement une petite candidature.

Sait-on jamais.

J'ai donc consciencieusement envoyer un petit mail de motivation. A un petit nombre de personnes de la Revue des Deux Mondes. Malheureusement je n'ai pût trouver le mail de Valérie Toranian, Directrice générale de la revue. Pas grave j'enverrais un petit message sur les réseaux sociaux.

 

 

 

 

 



Puis ensuite il faut envoyer un CV. On reste dans le très classique je vise un peu le poste d'homme à tout faire donc forcément ne cherchons pas le compliqué. Mon CV habituel fera largement l'affaire.

 

Et maintenant le reste de l'affaire n'est plus qu'un suivi de cette candidature et le fruit aussi en partie de cet article qui sert à faire la promotion de cette candidature. C'est important la promotion d'une candidature. Il faut se faire connaître auprès des gens qui pourraient vous recruter et je pense pouvoir dire sans me tromper qu'ils ne me connaissent pas vraiment. Donc il faut que je me fasse connaître. En bien ou en mal d'ailleurs. L'importance c'est de se faire connaître. Donc cet article est un peu là pour ça.

N'hésitez donc pas à le partager car je souhaiterais vraiment rejoindre la Revue des Deux Mondes, cela à l'air d'une excellente maison avec un régime social pour ses collaborateurs très agréable. De plus il serait dommage qu'il se prive d'un candidat tel que moi pour leurs équipes non ?

Franchement ?

 

 

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 20:51

logoVendredi 27 juin à 17H je présentais au NUMA lors de Pas Sages en Seine 2014 un projet de recherche sur les liens éventuels entre Libertariens d'un côté et hackers de l'autre côté. Vous pouvez d'ailleurs mon magnifique travail et mon allure de dandy en ce lieu.



Un événement très agréable, frais, ouvert et enrichissant, comme à chaque édition. Je recommande d'ailleurs de regarder l'ensemble des vidéos évidemment.



L'intervention et la présentation fait suite donc à un projet de recherche dont j'élabore progressivement la construction notamment en co-construction lors d'interventions. Je remercie aussi les organisateurs de la Hacker Space Fest où j'ai pût présenter une première version du projet de recherche et où les échanges apportèrent beaucoup au projet.



Suite à mon intervention émaillée de nombreuses références et après plusieurs demandes j'ai pensé qu'il ne serait pas inutile de faire un article récapitulatif des références citées.



Alors allons-y.



La première référence est l'entretien de Okhin de Telecomix à Ragemag, titré "Je suis anarchiste". L'intérêt venait de l'assertion de la terminologie anarchiste bien que sur-valorisée par le titre. On retrouve en effet le plus souvent cette définition politique comme la définition de quelques acteurs hackers. C'est souvent une définition minimum ou à défaut.



Cette définition me paraissant légère et parfois en contradiction avec les actions et les comportements de la culture hacker je me suis penché sur le mouvement libertarien. Je conseille donc comme référence les deux excellents livres de Sébastien Caré.

La pensée libertarienne : Genèse, fondements et horizons d'une utopie libérale, Presses Universitaires de France, 2009

Les libertariens aux États-Unis : Sociologie d'un mouvement asocial, Presses Universitaire de Rennes, 2010

 

Quelques références des auteurs libertariennes pour ceux qui voudraient pousser la question.

  • Freidrich Hayek, La route de la servitude et Droit, législation et liberté

  • Robert Nozick, Arnarchie, Etat et Utopie (proche du courant minarchiste)

  • Murray Rothbard, L'Ethique de la Liberté (il y défend un anarcho-capitalisme fondé principalement sur les droits naturels)

  • Ayn Rand, Atlas Shrugged et The Foutainhead, ou encore La vertu d'égoïsme (philosophie rationaliste qu'elle a dénommée objectivisme, c'est le livre qui selon une étude aurait le plus influencé les américains après la Bible)

 

On retrouve aussi des références plus générales sur la culture américaine. Celle tout d'abord de Ralph Waldo Emerson, poète chef de file du mouvement transcendantaliste et celle de Henry David Thoreau avec La désobéissance civile qui influencera d'ailleurs à la fois le mouvements libertarien mais aussi les mouvements altermondialistes.

 

La confrontation des deux univers m'a amené à m'interroger via notamment les principes de l'éthique hacker développés par Steven Levy. Que l'on retrouve dans l'excellente version française, L'Éthique des hackers, traduit de l'anglais par Gilles Tordjman, Globe, 2013.

 

Dans la même idée Patrice Flichy dans son ouvrage L’imaginaire d’Internet, La Découverte, 2001 restitue une enquête sur le magazine Wired, montrant que ses lecteurs se définissent comme « libéral, progressiste, libertarien, anarchiste et conservateur ». A la suite de cela j'ai découvert un excellent article dans la même idée de Michaël Vicente dans la revue Multitudes en 2009 :

« Google est-il « libertarien » de gauche ? »

 

Cet article fut une grande source de très bonnes références et notamment celles qui développe la théorie de « l'idéologie californienne » portée justement fortement par Wired et que l'on retrouve énormément chez Google et Facebook. C'est à dire le « mélange singulier concocté par Wired entre visions techno-utopiques, pratiques libertariennes et esthétiques contre-culturelles » Fred Turner, Aux sources de l'utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d'influence, C&F Éditions.

 

La grande référence de cette théorie de l'idéologie californienne est Richard Barbrook et Andy Cameron, The Californian Ideology. Toutes les versions sont d'ailleurs sur le site du Hypermedia Research Centre.

 

Michaël Vicente critiquait la terminologie retenue de communisme par les auteurs et privilégiait celui de libertarianisme de gauche notamment pour Google. Il s'appuie là sur le travail de Michael Otsuka Libertarianism without Inequality Oxford, Oxford University Press, 2003.

 

La présentation se poursuivait par noms de personnalité du mouvement hackers et proches ou membre du mouvement libertarien. Je citais alors les excellentes émissions de Rendez-vous avec X sur les lanceurs d'alerte, ceux ayant précédé Snowden au sujet de la NSA, Martin et Mitchell et Snowden lui-même.

 

Un article récent de David Golumbia, dont Hubert Guillaud fit une excellente présentation et réflexion arriva à point nommé pour alimenter ma réflexion. Vous le trouverez dans la revue socialiste américaine Jacobin. Auteur de La logique culturelle de l'informatique présentait une place colossale des libertariens notamment au fondement de l'informatique et d'Internet.

 

En France la place et la visibilité du mouvement libertarien et du mouvement libéral en général se retrouve beaucoup sur Internet. Citons par exemple :

 

A la suite de ça je présentais aussi le livre, Libres ! 100 idées, 100 auteurs, publié en 2012. Beaucoup mis en avant dans la communauté libérale au sens large en France. Libre de droits, une version électronique existe. Une suite Libres !! fut publiée en 2014.

 

Pour étudier les valeurs de la culture Hacker j'ai pensé m'appuyer sur l'excellent ouvrage de David Peyron, Culture Geek, paru FYP Éditions en 2013.

 

Voilà rapidement brossé les différentes références utilisées. J'espère ne pas en avoir oublié. Au plaisir en tout cas de retours sur la réflexion. De mon côté bien évidemment cela ne fait que commencer !

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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 19:50

 

6060432934 35ac9b830a oIl y a des sortes de principes, de logiques que l'on retrouve fréquemment. Des éléments de langage qui trahissent souvent des visions du monde plus profondes. Chez les hommes politiques et dans une moindre mesure les journalistes elles sont plus que fréquentes, elle sont systématiques.

 

L'une d'entre elles semblent pouvoir traverser allègrement tout le paysage politique, celle de l'internet à civiliser.

 

Si cette expression se retrouve pour la première fois en France dans les débats sur Hadopi et particulièrement dans la bouche de Nicolas Sarkozy :

 

« Nous allons mettre sur la table une question centrale, celle de l'Internet civilisé, je ne dis pas de l'internet régulé, je dis de l'internet civilisé »

 

Elle remonte à une logique bien plus ancienne et se poursuivant bien au delà. Celle d'Internet « zone de non-droit », sans régulation.

 

Ainsi la posture aujourd'hui de Jean-Vincent Placé au micro d'ailleurs de Frédéric Haziza sur Radio J., journaliste victime de propos antisémites, n'en est que l'un des avatars :

 

« On ne peut plus laisser faire, laisser tous ces gens insulter, diffamer sur les réseaux sociaux »

« Cette espace de liberté formidable (...) ça ne veut pas dire la liberté d'insulter, de diffamer et d'injurier »

 

En somme la posture du Sénateur est la même depuis quasiment la création d'Internet. Comme l'espace n'est pas régulé et surtout régulé par la loi il faut créer des lois et surtout des nouvelles qui corrigeront cela.

 

Nous n'oublierons pas au passage que cette perspective survient du fait de la croyance régulière dans le pouvoir de la loi, très française. En somme l'idée que la création même de la loi peut régler tout les problèmes. La frénésie législative s'expliquant en partie par ce phénomène. Pour marquer son temps il faut faire sa Loi.

 

L'autre logique qui s'étend ici provient donc de l'idée qu'Internet est une zone de non-droit mais surtout une zone barbare. Elle repose donc sur le concept qu'aucune règle, loi ou norme surtout nationales ne s'y répande.

 

C'est d'abord et avant tout balayer l'idée même que les règles et normes se forment dès l'instant où se trouvent ensemble des individus afin de s'organiser, interagir, vivre ensemble. Et comme nous l'avons vu Internet est un « espace social instrumenté » ferment même de ce principe.

 

Deuxièmement c'est nier le fait même que des lois et donc la souveraineté des États s'appliquent déjà sur Internet. Premièrement c'est déjà le cas par l'architecture et l'infrastructure des réseaux et deuxièmement c'est considérer que ce qui a été déjà fait fut au mieux inefficace voir inutile. Car des lois, actes réglementaires, conventions internationales pouvant s'appliquer à Internet il y en a pléthore. Petit florilège :

 

Article 9-1 du Code Civil relatif à la présomption d'innocence

Article 9 relatif au respect de la vie privée

Loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN)

Directive n° 2000/31/CE du Parlement et du Conseil du 8 juin 2000 relative à certains aspects juridiques des services de la société de l'information et notamment du commerce électronique, dans le marché intérieur. (LCEN transposition)

Loi n° 2009-1311 du 28 octobre 2009 relative à la protection pénale de la propriété littéraire et artistique sur internet (1)

Loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés

Loi n° 2009-669 du 12 juin 2009 favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet (1) (Hadopi)

Loi n° 2009-1311 du 28 octobre 2009 relative à la protection pénale de la propriété littéraire et artistique sur internet (1) (consolidant la première Hadopi)

Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse  : sur menaces, incitation à la haine, diffamation, apologie des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité,...

Loi n° 90-615 du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe

Cour de cassation Chambre criminelle Arrêt du 27 octobre 2009 (condamnation du full disclosure)

Art. L 122-5 2° du Code de Propriété Intellectuelle (Copie privée)

Loi n° 2002-1094 du 29 août 2002 d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (1) (LOPSI 1)

Loi n° 2011-267 du 14 mars 2011 d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (1) (LOPPSI 2)

Articles Art. 226-15 et Art. 432-9 du Code Pénal et L 33-1 du Code des postes et des communications électroniques (violation du secret de la correspondance)

Loi n° 2008-776 du 4 août 2008 de modernisation de l'économie (1)

Loi n° 2008-3 du 3 janvier 2008 pour le développement de la concurrence au service des consommateurs (1)

Loi n° 2007-297 du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance (1)

L'ensemble du code des postes et des communications électroniques

Loi n° 2006-961 du 1 août 2006 relative au droit d'auteur et aux droits voisins dans la société de l'information (1)

Article 413-3 du Code Pénal  : Démoralisation des forces militaires

Article 413-9 et suivants du Code Pénal  : Atteinte au secret de la défense nationale

Article 434-15-2 du Code Pénal  : cryptologie

Article 313-1 et suivants du Code Pénal: Escroquerie

Loi n°98-468 du 17 juin 1998 Relative à la présentation et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu'à la protection des mineursLoi n° 2010-476 du 12 mai 2010 relative à l'ouverture à la concurrence et à la régulation du secteur des jeux d'argent et de hasard en ligne (1)

Loi n°88-19 du 5 Janvier 1988 relative à la fraude numérique (1)

Loi n° 2001-1062 du 15 novembre 2001 relative à la sécurité quotidienne

Article 226-18 du Code Pénal (collecte frauduleuse de données à caractère personnel)

 

 

En l'espèce on se demande donc quelle mouche a piqué Jean-Vincent Placé. En effet il est bien évident que sur des réseaux sociaux ou ailleurs il est tout à fait possible de sanctionner des insultes, surtout si nous y ajoutons un caractère raciste. Ainsi c'est la loi du 29 Juillet 1881 sur la Liberté de la presse qui prévoit de telles sanctions. Qui plus est la Loi Perben II a porté le délai de prescription à ce sujet de deux mois à un an. Elle prévoit d'ailleurs six mois d'emprisonnement et 25000 euros d'amende pour des injures racistes portées à l'égard de membres des chambres législatives ce qui est le cas d'espèce. Pour une zone de non-droit c'est tout de même très étrange.

 

La réalité de cette théorie s'appuie en fait sur l'inapplication des nombreuses procédures judiciaires possibles au fait qui ont eu lieu sur Internet. Inapplication par les victimes ou les procureurs notamment. Aidés en cela par leur ignorance du fonctionnement et de la lenteur incommensurable de cette même justice. Mais ici rien à voir avec un Internet à civiliser. Non nous avons affaire simplement à une société qui a du mal à s'adapter et qui souffre de nombreux problèmes structurels et de moyens en la matière.

 

Et pourtant cette vision civilisationnelle se poursuit. Vision qui s'accompagne d'un versant logique bien que gênant, le syndrome de la Tour d'Ivoire. Le syndrome de la Tour d'Ivoire est l'idée ou syndrome du Château Fort est l'idée quand se barricadant de la chose, en l'enfermant et en le cloisonnant on peut éviter le danger dû à ses phénomènes sociaux. En somme extraire Internet de la société ou de sa société sauvera la société. C'est aussi par ce syndrome qu'au lieu d'aller imposer la justice et la police dans Internet on a préféré imposer des critères très arbitraires et privés de censure par exemple à Twitter.

 

Autre exemple se poursuivant par notamment « l'Acte II de l'exception culturelle » preuve qu'ici la justice et la police on une place secondaire (pour une action à portée civilisationnelle nous repasserons) la future place du CSA dans la régulation d'Internet. Émergeant suite à un lobbying acharné et efficace celui-ci profil la volonté souvent mise en avant de protection des mineurs et des catégories considérées comme minorités, faibles ou victimes. Entre la volonté de cette institution zombie de survivre et le danger totemique de ce que l'on nomme pour se moquer les pédo-nazis, la logique elle perdure tranquillement.

 

Peut importe alors la réalité physique de l'environnement, l'efficacité d'une telle procédure et les dangers qu'elle recouvre, car de toute manière il faut civiliser Internet.

 

 

Photo par Kristina Alexanderson en Creatives Commons : https://www.flickr.com/photos/kalexanderson/

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 20:11

Big-Brother-600x450Étrange ballet auquel nous avons eu le droit en ce jour. Avec une indignation systématique, un outrage parfaitement réel, les dirigeants de l'Union Européenne à commencer par les nôtres s'insurgent du comportement des États-Unis dont les grandes oreilles de la NSA auraient espionné les systèmes informatiques de plusieurs bureaux de l'Union Européenne. En somme les révélations du Der Spiegel apparaissaient comme faisant l'effet d'une bombe totale mêlant surprise et consternation.

 

De la surprise nous pouvons en avoir quand nous savons que les États-Unis dans et au delà de PRISM on mit en place un système de surveillance généralisée à très grande échelle avec le soutien au moins technique voir plus de Microsoft, Yahoo !, Google et Facebook et que cette information est publique depuis plusieurs semaines au moins. Suite aux révélations d'Edward Snowden dans le Guardian. Mais bien avant cela depuis plusieurs années, en 1988 par la révélation par Duncan Campbell dans « Somebody's Listening » du programme Echelon (Veuillez excuser cet article de votre serviteur datant pour lui de l'époque autant sur la forme que le fond).

Les révélations de Snowden n'ont provoqué aucune indignation que ce soit de la part des politiques ou du grand public. Mais alors que s'est-il passé ici ? La différence majeure tient au fait que les États-Unis n'ont pas espionné m'importe qui, pas des citoyens ordinaires mais des diplomates, des politiciens et des représentants. Pour les élites cela devient inacceptable. En effet c'est désormais eux directement qui sont concernés, qui sont visés. Drôle de conception me direz vous mais largement partagée dans certains cercles soyez en sûr.

 

En fait la culture de la surveillance généralisée est largement répandu à tout les niveaux. Vidéo-protection pour qualifier ce qui est de la vidéosurveillance, filtrage comme solution au problème de sécurité publique que pourrait provoquer Internet, loi liberticides en rafale. Le bas-peuple lui doit être surveillé pour son bien, surtout depuis les attentats du 11 Septembre 2001. L'objectif aussi impossible qu'inextinguible, repérer, cartographier et analyser l'ensemble des relations de cibles potentielles. Leur nombre et le cercle de ses relations ne cessant de s'étendre. Tout le monde désormais doit être surveillé. Mais ce qui peut tout à fait être accepté pour le bas-peuple ne l'est pas du tout pour les élites.

 

Mais en matière au moins de communication politique les réactions sont certes nombreuses mais extrêmement stupides. Elles surjouent l'indignation et la surprise. Ainsi de Fleur Pellerin, Viviane Redding commissaire européenne à la Justice et aux droits fondamentaux dans une conférence au Luxembourg déclarant "Les partenaires ne s'espionnent pas entre eux". Cette surenchère provoque un effet désastreux, l'impression d'une naïveté totale et d'une ignorance aussi grande. Les services d'espionnages sont là pour espionner, les nôtres comme les autres, c'est leur rôle et malgré le sentiment de nos élites le citoyen n'est pas du tout ignorant de cela. Pire même il a accepté cet état de fait en acceptant par la même la culture de la surveillance généralisée. La surprise et l'indignation conduit donc à renforcer la déconnexion entre peuple et élites surtout quand on s'aperçoit que cette dernière, tout bord politique confondu, ne réagit que quand cela le touche.

 

Une autre hypothèse de cette réaction reposerait sur l'absence de compréhension de la dimension pourtant évidente d'Ordre Public et de souveraineté de la question. C'est donc aussi la faiblesse évidente des États de droit à défendre en la matière les libertés individuelles de ses citoyens et leur souveraineté numérique qui s'étale au grand jour. Et je ne parle pas ici de ce mensonge marketing de Cloud Souverain comme solution mais bien toute la chaîne de commande de la question.

 

Les deux hypothèses évoquées pour comprendre ces réactions sont loin d'être antinomiques et au contraire se complètent. Elles symbolisent en effet la perte claire et nette du bien commun et de l'intérêt public en matière numérique et sans doute dans d'autres domaines. Perte qui ne sera certainement pas corriger après avoir posé quelques questions aux États-Unis. Car après quoi ? Doit-on rappeler encore une fois à nos dirigeants que défendre partout le principe des libertés individuelles et donc aussi sur le numérique devrait être leur priorité ? Certainement et malheureusement. Une séquence complètement ratée donc pour l'instant.

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 18:48

 

 

 

Ce 19 mars fut présentée la note d'analyse du Centre d'Analyse Stratégique intitulée Cybersécurité, l'urgence d'agir. Cette institution d'expertise et d'aide à la décision vise à conseiller notamment le premier ministre et le gouvernement.

 

Nous pouvons tout d'abord nous féliciter de voir un service gouvernemental s'emparer de cette question. La numérisation du monde que nous constatons de plus en plus impose de repenser les réponses ou d'en proposer de nouvelles. Mais cette note dispose d'un défaut majeur celui de la confusion et du mélange. Cybersécurité, cyberdéfense et cybercriminalité y sont joyeusement mélangés sous la même terminologie de cybersécurité. Nous retrouvons ainsi des évocations des Opérateurs d'importance vitale ainsi que des ordinateurs de particuliers ou d'entreprises. Car cette erreur n'induit pas que des conséquences textuelles mais aussi pratiques. Ces sujets ayant différents modes et différents cadres juridiques et sociaux. Pour autant nous ne saurions juger le travail accompli à l'aune de cet élément surtout pour une note d'analyse de 12 pages.

 

Une autre point est bien plus gênant par contre l'orientation du dicours vers celui des organes de cybersécurité. Les sources données sont celles de Norton, l'ANSSI mais aussi du CLUSIF, la note oubliant de préciser que l'organe est une réunion des entreprises de sécurité informatique. Une certaine dramatisation que nous avons pût nous-mêmes voir dans le discours de Patrick Pailloux est en transparence dans cette note. Au risque de quelques erreurs. Ainsi il n'est mentionné nulle part que l'Internet des objets est encore pour l'instant des intranets des objets pour beaucoup d'entre eux. L'accès est donc limité et surtout à proximité physique. L'exemple du contrôle du pacemaker est le même. Là aussi il fallait être à côté de l'objet pour en prendre le contrôle. Les sources extérieures semblent dérisoires voir inexistantes.



La réponse de la note apparaît finalement via ses propositions très similaire au guide l'hygiène informatique de l'ANSSI. Les premières réactions médiatiques montrent d'ailleurs que le Centre d'Analyse stratégique appelle à un renforcement des capacités de cette dernière. Et si l'on retient de cette note le sens et la direction du guide le contenu est alors honorable. Surtout qu'elle présente quelques propositions intéressantes. Elle commence notamment à discuter la répression et l'interdiction exercée sur le « full disclosure ». Si nous avons déjà vu ceci dans le rapport Bockel, qui semble avoir été une des références, c'est la même proposition de solution qui est ouverte, celle d'autorisation particulière pour les chercheurs ou société de sécurité informatique. Et non pas l'ouverture complète ou tous sans limitation du « full disclosure ».



Une note timide dans le bon sens donc, une nouvelle publication de conseils en la matière malgré quelques erreurs. Ainsi, une note en demi-teinte pour cette analyse du Centre d'Analyse Stratégique selon nous.

 

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Ce billet fait suite à la lecture du rapport et ne comporte pas d'éléments de la présentation à laquelle nous n'avons pas assister.

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 11:04

 

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Il y a quelques temps de cela j'assistais à l’événement « Pas Sages en Seine 2012 ». Rassemblement d'hackers dans tout la polysémie que peut prendre ce terme, il était l'occasion pour des citoyens passionnés d'informatique comme de simples curieux de se rencontrer en ce lieu étonnant qu'est la Cantine à Paris.

 

Au delà de l'événement lui-même, riche en de multiples dimensions, un point précis exita ma curiosité. Ce point c'était la répétition par plusieurs intervenants de l'idée :

« Ce qu'il y a de bien avec Internet c'est qu'il permet l'anonymat. »

Mon esprit narquois et mon maigre contact à l'actualité d'alors provoquèrent dans ma tête une collision semblable à un milliard de milliardième de celle d'un astéroïde sur la Terre les jours de grands vents. En effet le paradoxe était évident. Il suffisait pour moi de reprendre les propos de contempteurs d'Internet et notamment d'une de l'époque, Nadine Morano : « Ce qu'il y a de dangereux avec Internet c'est qu'il permet l'anonymat. » Étonnant rapprochement ? Pas tellement. Nous avons en effet là l'impression de voir les deux faces d'une même pièce. Le même raisonnement dont seule change la face morale. L'un voyant un bénéfice pour la société, l'autre un risque voir plus.

 

En réalité la concordance est logique car les deux raisonnements s'appuient sur le même paradigme : Nom = carte d'identité. Un paradigme logique quand on comprend le long parcours effectué par l’État-Nation en France et ailleurs pour s'approprier le nom. Dans ce combat la carte d'identité mais aussi l'ensemble des techniques de fichage étaient le bras armé1. La volonté était de faire de l’État le détenteur du « nom administratif » et donc du nom, afin à la fois de contrôler la population en la nommant ou en entérinant une dénomination et le faire interagir avec lui par ce nom. Toutefois précisons que la Carte d'Identité n'est que l'achèvement actuel de ce processus qui remonte en Europe au moyen-âge mais peut s'appliquer à toute communauté. Nommer c'est déjà contrôler.

 

Pour certains voir des hackers suivre ce paradigme qui fait du « nom administratif » le nom de la personne peut surprendre. Mais en fait tout hacker qu'il soit l'individu est contraint par l'administration dans ses actions, dans sa vie et parfois dans ses comportements. Là certainement les quelques lecteurs qui ont suivi se demandent encore comment nous allons parvenir à contester l'existence de l'anonymat sur Internet et même au delà. Nous leur répondrons de ne pas être impatients et nous allons à présent produire notre raisonnement en plusieurs points.

 

Premièrement il faut déconstruire ce paradigme, non le « nom administratif » n'est pas la nom. Il n'est que le nom que l'administration considère comme la dénomination de la personne. Souvent d'ailleurs l'administration ne fait qu'entériner un choix fait par les parents, certes eux-mêmes contraints par l’État : prénom, nom de famille, rejet des prénoms ridicules, majorité de la répétition du nom du père,... Ainsi votre serviteur s'appelle aux yeux de l'Etat français Fabien Lorc'h voir parfois Fabien Yves Roland Lorc'h ou même Lorc'h Fabien Yves Roland. Mais je vous assure que comme le démontrait Benjamin Bayart, président de la FDN, à ce même « Pas Sages en Seine » ma mère ne m'a jamais appelé comme ça et mes amis n'ont dû le faire qu'à de rares exceptions. Ce point à l'air anecdotique il est en fait essentiel.

 

Deuxièmement le nom est multiple. La déconstruction du nom comme « nom administratif » conduit à énoncer que le nom est multiple sur Internet mais sur tout les supports au delà. Le nom est la dénomination par laquelle on identifie une personne. Il dépend donc essentiellement du contexte d'émission. Et l'existence de cette multiplicité ne pose pas de problème en soit. Quel présentateur télé ou radio a forcé un jour les Garou, les Lorie, les Calogero à s'appeler par leur « nom administratif » parce que sinon ce serait dangereux ? Aucun évidemment. L'existence de noms d'emprunts comme nom d'artiste est devenu monnaie courante et ils sont même reconnus par le droit comme « nom d'usage ». Vous pouvez ainsi les accoler à votre Carte d'Identité. En fait par cet acte l'administration cherche réellement à identifier en rapprochant « nom d'usage » et « nom administratif », mais passons. Si la dénomination est multiple l'identité l'est aussi. Lorsque vous rencontrez une jeune femme ou un jeune homme qui vous plaît (moins jeune ça vaut tout autant évidemment) avez vous le réflexe de lui lire votre Carte d'Identité pour vous présenter ? L'identité est un mélange complexe entre ce que l'on est, ce que l'on fait et le contexte dans lequel cela s'exerce. Bien sûr elle est multiple, évolutive et définit l'individu autant qu'elle le détermine.

 

Troisièmement, la dénomination est constante. Oui sur Internet il est possible d'agir sans utiliser son « nom administratif ». Si on se limite à ce constat il est possible de considérer que la personne n'est plus identifiée et que l'on peut stopper sa dénomination. En réalité il n'en est rien. Le nom comme le diable se niche dans les détails. Imaginons une situation. Je croise quelqu'un dans la rue. Je ne lui dit pas un mot et poursuit mon chemin. Plus loin la Police arrête cette personne et lui demande si elle a croisé quelqu'un et si oui si elle peut décrire cette personne. « Honnête » la personne le fait. Elle me voit peut-être comme un blanc, costaud, à lunettes, mal rasé, comme je suis souvent (foutue myopie). Cette description constituera ma détermination, mon nom. Certes il sera difficile de relier tout cela à mon « nom administratif » mais avant et un peu aussi pendant le Bertillonnage, cette pratique était très courante. Bien sûr par la suite les empreintes digitales puis génétiques viendront simplifier le travail pour identifier un individu. En tout cas sans le vouloir j'ai laissé une trace de moi, une identification. Pourquoi ? Parce que simplement j'existe socialement. L'existence sociale impose des contacts avec l'autre et donc des moyens fiables ou non, complets ou non, administratifs ou non de s'identifier et donc de se nommer. Et sur Internet c'est la même chose. Certains me rétorqueraient, cryptographie, VPN et pseudonyme temporaire. Je leur dirais que ce sont aussi des moyens d'identifications. Certes une adresse IP ou un pseudonyme temporaire ne permettent pas d'eux-mêmes de savoir que c'est François Dupont qui a fait le coup. Mais un ce n'est pas la question puisque dès l'instant qu'un nom même temporaire est posé il y a dénomination. Et deux il n'est pas nécessaire que cette identification soit publique puisque comme nous l'avons rappeler elle dépend du contexte. Et enfin trois bien loin d'être vides ces éléments sont au contraire pleins de sens. Un pseudonyme parce qu'il a été choisi par l'individu en apprend parfois plus sur lui que son « nom administratif » De plus l'individu en dit parfois beaucoup plus en se sentant protégé par son pseudonyme. Par exemple sur les sites de rencontre X je n'apprendrais à personne que les utilisateurs se lâchent plus et dévoilent beaucoup de leur intimité que sur le site du ministère de l'intérieur où il faut utiliser son « nom administratif » 2. Même le cryptage en lui-même est nommé sans que pour autant cela est forcément un sens pour celui qui le découvre.

 

Quatrièmement, l'anonymat n'existe pas. Généralement la plupart des personnes vont suivre ce raisonnement et être d'accord jusqu'ici. Ils considèrent ainsi que le nom et l'identité sont multiples, que même on peut considérer que des éléments identifient une personne comme des noms ou des dénominations. Et pourtant rares sont ceux qui font le tout petit mais final pas qui renverse les conceptions et semble pourtant si simple et si logique. Alors faisons le ensemble. Si nous pouvons être nommés ou dénommés à tout moment, nous portons donc en permanence un nom ou des noms et donc comment concevoir un anonymat ? Étymologiquement anonymat signifie privé de nom. Et bien évidemment cela n'a pas de sens puisque sur Internet ou ailleurs nous disposons toujours d'un nom. Temporaire, évolutif, multiple mais il existe toujours. Ainsi je m'appelle Hio-Tin-Vho ailleurs et encore autre chose dans d'autres endroits (vous croyez sérieusement que j'allais vous donner tout mes pseudonymes?). Mais entendons nous bien si l'anonymat n'existe pas le pseudonymat est bien réel lui. Comme un « nom d'artiste » le pseudonyme permet de revêtir une autre identité, souvent d'ailleurs similaire à la première, pour des objectifs divers et variés honorables ou non. Par l'analyse le pseudonymat et non l'anonymat on sort aussi au passage de l'amen de l'argumentation morale. Car en effet penser en termes moraux c'est déjà se tromper.

 

Cinquièmement, Internet et les nouvelles technologies de l'information et de la communication permettent une déconstruction du lien présence physique / existence sociale et de l'identité et ça c'est bien plus compliqué. La véritable évolution des NTIC et en particulier d'Internet réside dans ses deux points. D'un côté il va découpler l'existence sociale de la présence physique. Ainsi nous pouvons exister socialement sans être présent physiquement il est possible aussi de transmettre des informations, de discuter, de débattre, d'inviter d'autres personnes sans contact physique direct. Mais déjà premièrement le téléphone, mais aussi la radio, la télévision et tout les médias en général permettaient cela. Sauf qu'Internet va démultiplier cette capacité en lui adjoignant un élément essentiel la simultanéité et ce via de nombreux canaux comme des films, photos, ou textes. L'interactivité si souvent appelée est quant-à elle bien sûr présente mais elle l'était déjà avec le téléphone, la télévision avec bien sûr des délais bien plus longs. D'un autre côté Internet va participer à la déconstruction de l'identité et du nom en permettant l'émergence facilitée d'un pseudonymat et en conduisant l'individu à exister sans son « nom administratif ».

 

Au final il apparaît donc que l'anonymat n'est que la tarte à la crème, la solution de facilité qui empêche de penser, de réfléchir à des questions essentielles que sont l'identité, le nom, la présence physique, le temps qui furent d'ailleurs nécessairement bouleversés par les NTIC. En restant dans le débat moral et en conservant l'optique de l'anonymat on en vient à la fois à entériner le constat nom = « nom administratif » et à tenir des discours équivalents qu'ils soient critiques ou louangeurs sur les réseaux.

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1 : Pierre Piazza, Histoire de la Carte Nationale d'Identité, 2004, Odile Jacob

2 : Théorie confirmée par l'expérience relatée sur son blog par Korben : Aylin Caliskan Islam et Sadia Afroz, deux chercheuses spécialisées en linguistique, seraient capable d'identifier 80% des internautes qui publient anonymement sur le net.

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 17:20

 

ANSSI_logo_rond_250-3ca2f.gifLe 25 Octobre 2012 dans le cadre du cycle de conférences du comité cyber-défense de l'ANAJ-IHEDN intervenait Patrick Pailloux Directeur Général de l'ANSSI à l’École Militaire. Sa présentation débutant elle fit vite tiquer votre serviteur sur un point particulier. Patrick Pailloux définit rapidement Internet ou plutôt le cyberespace comme une « jungle ». Là les lois ne peuvent s'appliquer, la souveraineté est inexistante et donc les frontières aussi.

 

Rapidement ce tableau apparaît comme grossier, assez rapidement dressé et très alarmiste. Il existe largement des cadres d'applications de lois nationales au cyberespace et elles le sont fréquemment. De plus de nombreux accord internationaux spécifiquement pour le cyberespace existent. Ainsi le rôle de l'ICANN rappelé très justement par Nicolas Caproni n'est pas anodin. Ensuite la technique elle-même régule l'organisation du cyberespace et crée ses propres normes par sa simple existence. Enfin dans de nombreuses études il est constaté un phénomène de glocalisation et non de globalisation. La figure de nombreuses communautés interconnectées est plus réaliste que le village global de Mac Luhan1 longtemps conceptualisé. Il est possible de supposer que cette aggravation des dangers et surtout de l'absence de contrôle proviennent du rôle de Pailloux chargé de la sécurité des systèmes informatiques de l’État. Cette supposition semble confirmée par la concordance des positions avec l'officier général cyberdéfense de l’État-major des armées, le Contre-Amiral Coustillière.

 

Sur twitter la conversation a rapidement conduit à questionner cette appréciation. Et Nicolas Arpagian de nous suggérer une autre. Le cyberespace serait pour lui une « cour de récréation d'école, avec les bons élèves, ceux qui rackettent ou dealent, ceux qui veulent faire la loi et des pions au milieu. » Bien que lancée simplement afin de participer au débat cette perception et cette métaphore nous apparaissent très pertinentes. Si nous souscrivons totalement à la déconstruction des États-Nations, des théories juridiques et politiques par le biais de l'existence du cyberespace, il apparaît clairement sur-évalué d'y voir une jungle, un chaos, l'anéantissement total de règles ou de contrôle. La variété de modalités, de réussites ou d'échec, d'acteurs plus ou moins désirés et plus ou moins légaux ne signifient pas la perte complète de repères et de solutions.

 

Cette définition rapide nous l'avons dit de l'aveu et nous ne pouvons lui en faire grief, nous apparaît pertinente mais problématique dans la dimension métaphorique. Le cyberespace ne serait-il pas plutôt un archipel ? Nous reprenons la terminologie de Drapher mais aussi les réflexions de Daniel Ventre quant-à une analogie du cyberespace et du domaine maritime2. Dans les deux nous retrouvons des lois locales, nationales ou européennes, par exemple des accords internationaux, des acteurs clairement identifiés mais aussi des pirates, des corsaires, des îlots perdus ou originaux comme Sealand ou Pirate Bay. L'esprit flibustier est d'ailleurs très présents dans l'imaginaire hacker dont la philosophie à construit une grande partie de la culture du cyberespace.

 

Bien loin d'être une jungle sans loi ni limite le cyberespace est semblable à notre monde, une déconstruction des institutions, une recomposition des acteurs est glocalisation à géométrie variable.

 

 

1Marshall McLuhan, Le village global, transformations de la vie sur terre et des médias au 21e siècle(en) The Global Village, Transformations in World Life and Media in the 21th Century œuvre posthume avec Bruce R. Powers, Oxford University Press, New-York, 1989, 222 p.

2Daniel Ventre, Cyberattaque et cyberdéfense, Hermès, 2011

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 16:27

14175-google-logo-3-s-.pngElle est dans toutes les têtes et dans tout les esprits des activistes du web mais aussi des acteurs de la presse et inversement. Cette fameuse loi Google semble hanté nombre de salles de rédaction et de blogs. Les uns la voyant comme une nécessaire bouée de sauvetage, les autres comme la pire menace contre la liberté d'expression et les modérés ne sachant plus sur quel pied danser. Mais tandis qu'Eric Schmidt PDG de google est reçu à l'Elysée nous sommes en droit de nous interroger sur ce que serait cette loi si elle existait. Petit exercice pratique de prospective juridique donc.

 

Tout d'abord s'agit-il vraiment d'une loi Google ? En effet si c'était le cas et qu'elle visait exclusivement le géant américain il y a de grandes chances qu'elle soit retoquée par notre propre législation, celle de l'Europe ou nos accords internationaux pour pratique anti-conccurentielle. Seul à payer Google pourrait vite arguer que Yahoo, Bing, Voila ou MSN sont aussi concernés par la pratique et que cette norme l'handicape par rapport à ses concurents. Mais heureusement (bien évidemment il y a ici de l'ironie) la toute jeune association de la presse d'Information Politique et Générale (IPG fondée en mai 2012) à dans sa besace un magnifique projet de loi. Jugez plutôt.

 

Projet de proposition de loi sur les droits voisins pour les organismes de presse

 

 

En somme ce n'est pas compliqué le projet de loi vient interdire le droit à la citation et fait que le droit moral et patrimonial sur les contenus protégés vient recouvrir toute l'œuvre, du début à la fin même jusqu'au lien de l'article. En pratique la technique est tout bonnement similaire à interdire à un individu de conseiller un article dans un journal à un ami mais peut importe. Comme le souligne Numerama cette pratique condamnerait toutes les revues du web, faisant florès comme celle d'Erwan Gaucher ou d'Owni. Sur quel fondement ? Car le droit d'auteur protège une œuvre en raison de sa valeur personnelle pas des moyens d'y accéder. De plus quid des liens hypertextes vers les images de tableau ou de sculpture sur les sites de musée ? Un ami me faisait une excellente suggestion. Pourquoi la presse aurait un statut particulier ? Si l'action de Google est handicapante ou fait perdre de l'argent pour la presse pourquoi pas pour les compagnies aériennes, les vendeurs de pizza ? En effet le fondement est ici exclusivement patrimonial puisque Google mentionne toujours l'auteur original de l'article et ne s'en attribue jamais la paternité. L'idée étant que Google gagnant de l'argent avec la publicité se fait de l'argent sur la presse. Le raisonnement peut donc être étendu alors pourquoi ne l'est-il pas ?

 

Le fondement questionné et peu trouver venons en à la pratique. Quelle taxe ou rémunération mettre en place ? Sans doute une indemnité fondée sur le nombre de clics ou de pages vues. Problème majeur pour l'un ou l'autre ces données fiables proviennent de Google ou des autres moteurs de recherche. Ainsi ils seront à la fois les collecteurs et les décideurs du montant de leur indemnité. Qui pensera que la mesure est honnête ?

 

Il est souvent reprocher de mettre en place une taxe qui bénéficiera à un acteur en particulier ou un groupe d'acteurs particuliers ce qui nuirait à l'intérêt général et ne ferait que profiter à un lobby. Mais ces systèmes existent déjà. Si votre serviteur n'a pût vérifier si la CSG fut bien un jour reversée pour les retraites, il peut vous dire qu'un timbre fiscal de droit d'appel vient indemniser les anciens avoués.

 

Timbre correspondant au droit affecté au fonds d'indemnisation de la profession d'avoués près les cours d'appel (article 54 de la loi n° 2009-1674 du 30 décembre 2009 de finances rectificative pour 2009)
« Code général des impôts - Art. 1635 bis P.-I- Il est institué un droit d'un montant de 150 € dû par les parties à l'instance d'appel lorsque la constitution d'avocat est obligatoire devant la cour d'appel. Le droit est acquitté par l'avocat postulant pour le compte de son client soit par voie de timbres mobiles, soit par voie électronique. Il n'est pas dû par la partie bénéficiaire de l'aide juridictionnelle.

« Le produit de ce droit est affecté au fonds d'indemnisation de la profession d'avoués près les cours d'appel à créer dans le cadre de la réforme de la représentation devant les cours d'appel.

« Les modalités de perception et les justifications de l'acquittement de ce droit sont fixées par décret en Conseil d'État. »

II. - Le I s'applique aux appels interjetés à compter du 1er janvier 2011 à la condition que le fonds mentionné au I ait été créé et jusqu'au 31 décembre 2020.
  

 

Et que la rémunération sur la copie privée sur les CD, CD-Rom ou matériels de stockage fonctionne sur ce principe. Mais au delà du fait qu'un  acteur extérieur peut facilement et rapidement évaluer le montant de cette rémunération plus problèmes se posent. D'abord à qui doit-on reverse le montant de cette indemnité ? La multiplicité des structures possibles et inimaginables dans la presse en ligne existe. Quid des blogs personnels de journalistes ? Des articles d'agence de communication ? Des blogs amateurs ? Et après comment se fera la répartition ? A nouveau au nombre de clics ou de visites sur la page ? Mais il est bien connu que l'internaute surfe souvent. Alors s'il consulte un article via Google et un autre ensuite par un lien sur le site, Libération ou Le Nouvel Observateur vont-ils devoir se verser eux-mêmes l'indemnité ? Car il faut être clair la pratique de l'auto-citation est très répandue dans la presse et encore plus en ligne du fait de la facilité de création des liens.

Enfin sur ce point une autre question, cette indemnité va-t-elle être gardé par les éditeurs véritables membres de l'association ou reversée aux journalistes véritables auteurs ?

 

Un dernier point pour conclure. Dans Place de la Toile l'émission de France Culture, Pierre Haski directeur de la rédaction de Rue89 et co-fondateur énonçait que son site profitait plus des réseaux sociaux, twitter et facebook en premier lieu que de Google pour diffuser les articles. Dans ce cadre là l'indemnité serait peut-être aussi anti-conccurentielle car non fondée sur l'audience mais sur le type d'audience. Et peut-être que si Google désindexe les articles et qu'ils circulent sur les réseaux sociaux où rappelons le se trouve une population similaire, celle des mordus d'information qui la pratage aussi, il sera bon se poser les questions nécessaire, de cette loi, dont les questions juridiques.

Mais nous avons bien peur que ce ne soit jamais le cas car Internet reste toujours uniquement pensé comme un média comme les autres. Et les liens troubles entre presse, industrie culturelle et ministère de la culture persistent.

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 09:43

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En ce jour la mission Lescure dispose enfin de son site Internet et y ajoute même la lettre de mission de son directeur. Nous analyserons plus en profondeur tout cela mais nous avons voulu nous arrêter sur les membres déjà signalé sur le site.

 

-Nicole Pot, coordinatrice d'après ce que l'on comprend. « Inspectrice générale des affaires culturelles depuis 2009, elle est également Haut fonctionnaire à la promotion de l'égalité entre les hommes et les femmes, référente ministérielle pour l'évaluation auprès de la direction générale de la modernisation de l'Etat (DGME).

 

Agrégée de lettres modernes et ancienne élève de l’Ecole nationale d’administration, elle a rejoint le ministère de la Culture et de la Communication en 1990 où elle a exercé diverses responsabilités, en particulier : directrice adjointe de la Caisse nationale des monuments historiques et des sites (1994-2000), directrice générale de la Cité des sciences et de l’industrie (2000-2003) et directrice générale de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (2003-2009). » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicole_Pot).

Visiblement la coordinatrice est donc clairement un fonctionnaire du ministère de la culture.

 

- Raphaël Keller premier rapporteur. « Chargé de mission à la Direction générale des médias et des industries culturelles, au sein du ministère de la Culture et de la Communication, depuis juin 2011, il a la charge des dossiers relatifs à la numérisation des réseaux de diffusion hertzienne terrestre (télévision et radio).
Ingénieur des Mines, ancien élève de l’École polytechnique (2003-2006) et de Télécom ParisTech (2006-2008), Raphaël Keller est également titulaire d’un Master de sciences cognitives (ENS-EHESS-Paris V ; 2006-2007) et prépare une thèse en mathématiques appliquées à la biologie au Centre de recherche en épistémologie appliquée (CREA, École polytechnique). »

Ici nous avons donc affaire à un profil plus technique même si la personne est elle aussi au sein du ministère de la culture.

 

- Sarah Lacoche, « Inspectrice des finances depuis 2009, Sarah Lacoche a été experte en restructuration de dette au secrétariat général du Club de Paris, direction générale du Trésor (1998-2001) puis à la Banque mondiale (2001-2003).

Appelée comme économiste au Fond Monétaire International (2003-2008), elle a principalement travaillé sur les pays à bas revenus et sur les enjeux de gestion des revenus pétroliers. Elle a ensuite été conseillère technique Présidence française de l’Union européenne au sein du cabinet du ministre de l’Economie, des finances et de l’industrie (2008-2009). Elle a précédemment été rapporteure du groupe de travail sur les dépenses d’assurance maladie présidé par M. Raoul Briet en 2009. »

Ici nous avons affaire à un profil très économiste, si cela change des profils culturels, on voit aussi l'orientation éventuelle de la mission.

 

- Juliette Mant, dernière rapporteur, « Elle est depuis janvier 2011 assistante parlementaire de Marcel Rogemont, député d'Ille-et-Vilaine, et membre de la commission des affaires culturelles et de l'éducation. Titulaire d’un diplôme d’études approfondies (DEA) en droit des médias, elle est également depuis 2005 conférencière en droit des médias et des nouvelles technologies à la faculté de droit d’Aix-Marseille III.

 

Elle rédige une thèse sur le « dividende numérique ».

 

De 2008 à 2010, elle a été chargée d’études juridiques à la direction générale des médias et des industries culturelles, ministère de la Culture et de la Communication, au bureau des affaires européennes et internationales. Elle a été déléguée française au « groupe audiovisuel » du Conseil de l’Union européenne, déléguée française au « Comité directeur pour les médias et les nouveaux services de la Communication » du Conseil de l’Europe et expert français à la Commission européenne sur l’accès conditionnel aux programmes »

Un profil à la fois très culturel au sens du ministère de la culture et très politique, avec des éléments techniques. Nous restons donc dans le même ordre d'idée.

 

- Frédéric Bokobza, premier expert. « Sous-directeur du développement de l’économie culturelle au ministère de la Culture et de la Communication (direction générale des médias et des industries culturelles.) depuis janvier 2010, il est à ce titre responsable des questions de financement des industries culturelles ainsi que, de manière transverse à la direction générale, des affaires européennes et internationales, des études et évaluations économiques et des questions à caractère technique (numérisation des réseaux de diffusion hertzienne notamment).

Ancien élève de l’école nationale supérieure des télécommunications (1994-96) et de l’école Polytechnique (1991-1994), il a travaillé au sein des Services du Premier ministre (direction du développement des médias) de 2003 à 2009, d’abord comme chef du bureau des affaires européennes et internationales puis, puis à la tête de la sous-direction du développement et de la société de l’information. »

Toujours le même profil à la fois technique et politique. La prééminence du ministère continue donc ici d'être confirmée.

 

- Thierry Chèze, deuxième expert cité. « Journaliste de cinéma, chef des infos au mensuel de cinéma Studio Cinélive depuis sa création en 2009, il collabore aussi chaque semaine à de nombreuses émissions télévisées, dont « Ça balance à Paris » sur Paris Première et le « Ciné Club » de France 2 depuis septembre 2007.

Il a co-signé de nombreux documentaires sur le septième art (portrait de Dominique Besnehard, "30 ans de César", Profession : acteur, Profession : actrice...). »

Le deuxième expert est le premier individu de la société civile et étrangement est plutôt proche des ayants droits du cinéma en tout cas on peut le supposer

 

- Jean-Philippe Mochon, dernier expert, « Chef du Service des affaires juridiques et internationales au Secrétariat général du ministère de la Culture et de la Communication depuis janvier 2010, Jean-Philippe Mochon est, à ce titre, responsable notamment des questions européennes ainsi que de propriété littéraire et artistique.

Titulaire d'une maîtrise d'histoire, ancien élève de l'Ecole normale supérieure et de l'Ecole nationale d'administration, il est depuis 1998 membre du Conseil d'Etat.

Après avoir été conseiller économique à l'Ambassade de France en Inde (2002-2005), Jean-Philippe Mochon a également été conseiller juridique au Secrétariat général des affaires européennes (2006-2007) et à la Représentation de la France auprès de l'Union Européenne (2007-2009), où il était notamment responsable des questions de propriété intellectuelle. »

Une nouvelle fois la dimension à la fois politique et technique mais ici sur le juridique. Sur les trois experts un seul est véritablement détaché statutairement du ministère de la culture. Très étrange non ?

 

- Marie-Laure Drouin, assistante. « Elle est assistante de direction au Cabinet de la ministre de la Culture et de la Communication depuis 2010, Marie-Laure Drouin est diplômée de l’Institut d’études supérieures des arts de Paris (IESA) et a une maîtrise d’information et communication. Elle a travaillé depuis 1998 dans le domaine du multimédia. »
Même profil que les précédents, pas de changements donc.

 

 

En tout cas l'analyse de cette composition si elle reste superficielle et sans doute incomplète. Nous ignorons par exemple si d'autres membres vont s'adjoindre montre une prégnance nette et clair du ministère de la culture sur la composition. Pas de représentants extérieurs sauf un journaliste cinéma. La mission semble avoir été préempté par le ministère de la culture. On y retrouve quasiment exclusivement ces membres. Seuls deux dont une du ministère des finances et le journaliste cinéma y échappe. Marqueur aussi sans doute que la seule place consacré à un acteur de la société civile est celle d'un proche des auteurs ou créateurs.

 

La mission aussi dispose d'un comité de pilotage très large. Il est composé de Laurent Fabius, le ministre de l’économie et des finances, Pierre Moscovici, la ministre du commerce extérieur, Nicole Bricq, le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, et la ministre déléguée aux petites et moyennes entreprises, à l'innovation et à l'économie numérique, Fleur Pellerin. Rien sur une éventuelle place du ministère de la justice ou l'intérieur. Les éléments centraux sont clairement la culture et l'économie.

 

Visiblement cette mission semble avoir la même optique que les idées défendues lors d'Hadopi. Espérons qu'elle ne fasse pas la même chose et soit plus attentive à ce que Pierre Lescure à appeler « les acteurs du net ». Mais la composition n'a rien de rassurante.

 

 

Maj : Mise à jour des bibliographies source

Première édition de l'article le 6 septembre 2012.

http://owni.fr/2012/09/06/la-mission-lescure-a-son-site/

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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 17:53

 

normal kb3« Si la presse abandonne la qualité, il n’y aura plus de différence entre les journaux, les magazines payants et la presse gratuite, notamment sur le Net où rien n’est éditorialisé. » Aurélie Filippetti 29 août 2012, Polka

« Mais il faut rappeler que si le Net est un magnifique outil de diffusion, il ne produit rien » Laurent Joffrin, 2 avril 2010, Libération

« Mais j’émets une réserve, c'est que la neutralité du Net c'est un concept américain, qui a tendance à favoriser considérablement les intérêts économiques de Google, Facebook, Apple et consorts » Fleur Pellerin, 20 Juillet 2012, Rencontres de Pétrarque

 

Ces différentes citations de journalistes, d'hommes et de femmes politiques prononcées à des occasions différentes amènent à penser qu'Internet est victime de railleries, visé comme le coupable, ce que l'on nomme rapidement « Internet Bashing ». C'est sûrement vrai. Accusé de créer de la facilité d'esprit 1, de rendre plus bête 2, de permettre la diffusion de thèses extrémistes, de faire circuler des rumeurs 3, Internet est le bouc émissaire facile. Pas de corporations organisées pouvant faire grève, pas de célébrités pour monter au créneau, peu de journalistes pour défendre l'outil.

 

Mais cette perception est aussi et surtout le fait d'une conception, une conception particulière de ce qu'est Internet. Internet serait un média. Si étymologiquement nous ne pouvons que donner raison car Internet est médium, ce qui relie, il ne faut pas être naïf et se rendre compte très vite que ce n'est pas cette définition qui importe. Internet serait un média comme tout les grands médias qui prédominent : télévision, presse, radio,... avec peut-être l’interactivité en plus. Et rapidement, nous nous apercevons que c'est le même raisonnement que l'on retrouve au sujet des jeux-vidéos et du cinéma. Le jeu vidéo fut en effet perçu comme du cinéma dans lequel on agit, du cinéma amélioré par l’interactivité. Mathieu Triclot 4 ou Alexis Blanchet 5 ont parfaitement montré l'erreur de cette perception. Et nous nous efforcerons à notre humble niveau d'en faire de même avec Internet.

 

Ce constat est clair. Penser Internet chez les politiques et les journalistes généralistes c'est penser uniquement un média, à plus forte ampleur mais un média quand même. C'est pourquoi la reprise in extenso des propos de Michel Boyon, président du CSA dans un projet de fusion avec l'ARCEP s'explique. Il apparaît comme un spécialiste des médias donc il sait de quoi il parle pour Internet et peu importe qu'il soit de parti pris. Jusqu'à dans la terminologie de télévision connectée nous trouvons les traces de cette idée. Et pourtant quelque chose choque. Pourquoi as-t-on demander au ministre de la Cultre, de l'économie numérique, et du redressement productif de plancher dessus ? Ah oui précision pas inutile, Internet est aussi une industrie, une économie, celle d'un média. Une industrie cajolée bien que totalement ignorée.

 

L'absence d'autres ministères dans cette concertation permet d’ancrer la bascule. Pourquoi n'avoir pas contacter le ministère de l'intérieur ? Pourtant il y a des questions d’ordre public, de police, de régulation sur Internet. Et celui de la justice ? Alors même que la mise en place de processus soit-disant de régulation se multiplie, mais c'est vrai qu'on y oublie souvent la présence d'un juge.

 

Non Internet est d'abord et avant tout un espace public d'interaction, un espace social. Il n'y a qu'à voir la profusion d'études à ce sujet pour s'en rendre compte. Certes c'est un espace public sans lieu. Un lieu inexistant mais aussi un lieu vide au sens que donnait Claude Lefort à la politique, c'est-à-dire inachevé, sans cesse à construire, et où alternent des opinions et des intérêts divergents. Bien sûr cet espace s'appuie sur un médium, un outil technique et peut faire naître une presse, une opinion mais comme a pût le faire l'Agora Athénienne, la Place du marché du Moyen-Âge. La grande différence résidant dans l’inexistence physique du lieu ; Et là aussi le jeu vidéo et ses études permettent d'en comprendre les secrets. Sur Internet les individus sont en co-téléprésence, comme le nomme Étienne Armand Amato 6. Bien que séparés physiquement les individus sont présents via le médium. Dans ce cas si personne de sain d'esprit ne peut contester le social de l'Agora Athénienne ou de la Place du Marché pourquoi le nier ou le négliger pour Internet ?

 

En fait cette vision et cette négligence proviennent tout deux d'une facilité de la pensée, d'un refus d'aller voir ce qu'est l'objet en lui-même. Un écran = un écran pour beaucoup. La technique ne pouvant en plus relever du social. Le livre, le cinéma et la presse ont d'ailleurs tout fait pour faire oublier leur dimension technique et en appeler à leur statut d'objet culturel.

 

Bien sûr si Internet est un espace social, qui plus est en construction permanent, les liens sociaux sont variables, évolutifs, territorialisés, Internet lui-même n'est pas exempt de défauts. Mais le penser encore et toujours comme média empêche alors de réfléchir à ces questions essentielles.

 

 

 

1 : À ce sujet, le 4 octobre 2010 dans le New Yorker, Malcolm Gladwel (« Small Change, Why the revolution will not be tweeted » : http://www.newyorker.com/reporting/2010/10/04/101004fa_fact_gladwell) considère que les pratiques notamment en ce qui concerne les réseaux sociaux s'apparentent à du « slacktivisme ». Le terme apparaît en 1995 et fut employé par Monty Phan, Barnaby Feder et Evgeny Morozov . Il permet à l'auteur de considérer l'engagement social, l'activisme sur les médias sociaux comme une légende. En effet, il ne s'agirait que d'un activisme mou, paresseux (slackeren anglais)

2 : « Les nouveaux médias rendent idiot », 9 aout 2012, Le Matin.ch : http://www.lematin.ch/high-tech/web/nouveaux-medias-rendent-idiot/story/13519617

3 : Laurent Joffrin, « La Commission Joffrin et les dérives du web , 27 août 2012, Le Nouvel Observateur.fr, http://tempsreel.nouvelobs.com/laurent-joffrin/20120827.OBS0520/la-commission-jospin-et-les-derives-du-web.html

4 : Mathieu Triclot, Philosophie des jeux vidéos, 2011, Zones

5 : Alexis Blanchet,  Des Pixels à Hollywood : Cinéma et jeu vidéo, une histoire économique et culturelle, 2010, Pix'N Love Editions

6: Etienne Armand Amato, « L’immersion en milieu ludique partagé et ses conditions de validité », OMNSH.ORG, http://www.omnsh.org/spip.php?article42

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