Étudiant en Master 2 Analyse des conflits et de la violence, rédacteur en chef de l'écho du village, webzine en ligne, j'ai ressenti le besoin de trouver un lieu un peu plus personnel où exposer ou apposer mes opinions, mes ressentis politiques. Mais vous allez voir que j'ai parfois une définition très large de la politique. En espérant que pour vous ce lieu soit un lieu de convivialité, de rencontre et peut-être qui sait de découvertes.
Il y a un certain paradoxe à traiter d'une perte, d'un oubli, voir d'un trou si l'on est un peu plus vulgaire dans le premier thème d'un blog. Qui plus est quand on rajoute qu'il s'agit de la perte de mémoire pour certains c'est le summum.
Pourtant les évènements de Tunisie éclairent avec un certain éclat cette propension qu'ont nos dirigeants de tout bords politiques à oublier, à ne plus tellement se souvenir de beaucoup de choses. Qu'il s'agisse des amitiés, des combats ou des rencontres passées, nous avons le sentiment que le grand livre de l'histoire de notre pays serait pareil à une ardoise magique. Le présent effaçant donc le passé.
Rares sont donc ceux qui se souviennent ou veulent se souvenir de l'ami personnel de Jacques Chirac, Saddam Hussein, du passé auprès d'occident de personnages comme Deviedjan, Longuet, Madelin, de l'identité patriotique du Parti socialiste, de celle socialiste d’Éric Besson (je reconnais cette remarque comme narquoise et sarcastique) et plus récemment des changements d'opinions de nombreux politiques. Et ceux qui tentent de se rappeler et de le montrer reçoivent critiques et moqueries. Vieilleries, bassesses, le rappel du passé ne peut exister. L'homme politique serait-il sans passé ?
En fait ce serait plus le fait politique en lui même qui ne connait plus de passé. Ce qui était le fait essentiel la veille devient rapidement un évènement comme un autre, voir un souvenir le lendemain. Parlez encore aujourd'hui du régime des retraites et vous verrez. Le phénomène est de plus en plus prégnante et le temps médiatique entraînant le temps politique ou vice-versa s'est accéléré. Les hommes politiques vivent désormais dans l'instant, parlent dans l'instant, pensent dans l'instant. C'est ce qui les conduit à réagir toujours à chaud aux évènements, à être sur le coup en permanence, à commenter plus qu'à analyser.
Certaines personnes sarcastiques y verraient la marque d'un certain président. Je ne serais pas de celles-là. S'il est possible que Nicolas Sarkozy est développé ce phénomène il n'est en rien à son origine. C'est la société dans son ensemble et le comportement des français et peut-être même des humains qui a pris cette tournure. Tout va aujourd'hui plus vite, tout est dans l'instantanéité. Plus de passé mais aussi plus d'avenir. Les seules échéances qui interpellent au mieux sont celles des élections futures.
De ce fait on en revient à notre constat premier. La perte de mémoire. En fait elle n'a pas lieu, personne n'oublie ou alors au pire ou au mieux c'est selon feint d'oublier. La réalité est plutôt que l'on se doit de prendre position, d'avoir un avis en toute circonstance et surtout sur les circonstances.
Ainsi on a donc pût voir à la télévision Bertrand de Delanoë critiquer le président Ben Ali qu'il louait peu de temps avant. Mais il n'était pas seul. Nombreux sont ceux qui ont brusquement modifier leur discours en fonction des évènements. Ainsi pour en revenir à Saddam Hussein. Celui-ci n'a jamais été autant dictateur que durant sa chute et homme fréquentable que pendant son ascension et son règne.
Cette propension amène nécessairement les électeurs et même les téléspectateurs à s'interroger. Nos hommes et femmes politiques seraient-ils à ce point versatiles et opportunistes pour louer ce que la veille ils haïssaient ou inversement ? Si cela existe ce n'est nullement l'unique raison de ce comportement. On revient une nouvelle fois à notre conclusion initiale: plus de passé, plus d'avenir.
Ainsi l'action politique ou tout du moins sa communication semble constituée de multiples points successifs qui n'auraient aucun liens entre eux. On prend position, on commente, on donne son avis en fonction de l'évènement à l'instant T à l'heure H et ainsi de suite. Bien sûr certains hommes politiques conservent une ligne de conduite et une droiture morale et bien sûr aussi évoluer, changer d'opinion ce n'est pas forcément jouer avec les évènements et se moquer du monde.
Le professeur Jean-Pierre Martin a d'ailleurs sorti un livre : Éloge de l'apostat, Essai sur la vita Nova ; où il passe en revue des auteurs qui ont choisi de se réinventer, de devenir autre et parfois de briser des allégeances passées.
Le problème c'est que le phénomène actuel n'a rien à voir avec cela pour une raison fondamentale. Pour se réinventer il faut savoir qui on était avant et savoir qui l'on veut devenir ou qui l'on ne veut plus être. Et là on n'en vient à se demander si l'accélération du temps qui frappe notre époque n'est pas un terrible maux. Je vais paraître vieux con à 25 ans mais tant pis je tente. Avec cela ne risque-t-on pas de perdre notre identité ? En effet s'il faut donner des positions régulières et adaptées aux circonstances, comme se définir ? Et pourquoi les hommes politiques devraient forcément dans l'instant se positionner ? Donner leur opinion ? Peuvent-ils encore ralentir la chose où sont-ils condamnés ?