Mercredi 29 août 3 29 /08 /Août 17:53

 

normal kb3« Si la presse abandonne la qualité, il n’y aura plus de différence entre les journaux, les magazines payants et la presse gratuite, notamment sur le Net où rien n’est éditorialisé. » Aurélie Filippetti 29 août 2012, Polka

« Mais il faut rappeler que si le Net est un magnifique outil de diffusion, il ne produit rien » Laurent Joffrin, 2 avril 2010, Libération

« Mais j’émets une réserve, c'est que la neutralité du Net c'est un concept américain, qui a tendance à favoriser considérablement les intérêts économiques de Google, Facebook, Apple et consorts » Fleur Pellerin, 20 Juillet 2012, Rencontres de Pétrarque

 

Ces différentes citations de journalistes, d'hommes et de femmes politiques prononcées à des occasions différentes amènent à penser qu'Internet est victime de railleries, visé comme le coupable, ce que l'on nomme rapidement « Internet Bashing ». C'est sûrement vrai. Accusé de créer de la facilité d'esprit 1, de rendre plus bête 2, de permettre la diffusion de thèses extrémistes, de faire circuler des rumeurs 3, Internet est le bouc émissaire facile. Pas de corporations organisées pouvant faire grève, pas de célébrités pour monter au créneau, peu de journalistes pour défendre l'outil.

 

Mais cette perception est aussi et surtout le fait d'une conception, une conception particulière de ce qu'est Internet. Internet serait un média. Si étymologiquement nous ne pouvons que donner raison car Internet est médium, ce qui relie, il ne faut pas être naïf et se rendre compte très vite que ce n'est pas cette définition qui importe. Internet serait un média comme tout les grands médias qui prédominent : télévision, presse, radio,... avec peut-être l’interactivité en plus. Et rapidement, nous nous apercevons que c'est le même raisonnement que l'on retrouve au sujet des jeux-vidéos et du cinéma. Le jeu vidéo fut en effet perçu comme du cinéma dans lequel on agit, du cinéma amélioré par l’interactivité. Mathieu Triclot 4 ou Alexis Blanchet 5 ont parfaitement montré l'erreur de cette perception. Et nous nous efforcerons à notre humble niveau d'en faire de même avec Internet.

 

Ce constat est clair. Penser Internet chez les politiques et les journalistes généralistes c'est penser uniquement un média, à plus forte ampleur mais un média quand même. C'est pourquoi la reprise in extenso des propos de Michel Boyon, président du CSA dans un projet de fusion avec l'ARCEP s'explique. Il apparaît comme un spécialiste des médias donc il sait de quoi il parle pour Internet et peu importe qu'il soit de parti pris. Jusqu'à dans la terminologie de télévision connectée nous trouvons les traces de cette idée. Et pourtant quelque chose choque. Pourquoi as-t-on demander au ministre de la Cultre, de l'économie numérique, et du redressement productif de plancher dessus ? Ah oui précision pas inutile, Internet est aussi une industrie, une économie, celle d'un média. Une industrie cajolée bien que totalement ignorée.

 

L'absence d'autres ministères dans cette concertation permet d’ancrer la bascule. Pourquoi n'avoir pas contacter le ministère de l'intérieur ? Pourtant il y a des questions d’ordre public, de police, de régulation sur Internet. Et celui de la justice ? Alors même que la mise en place de processus soit-disant de régulation se multiplie, mais c'est vrai qu'on y oublie souvent la présence d'un juge.

 

Non Internet est d'abord et avant tout un espace public d'interaction, un espace social. Il n'y a qu'à voir la profusion d'études à ce sujet pour s'en rendre compte. Certes c'est un espace public sans lieu. Un lieu inexistant mais aussi un lieu vide au sens que donnait Claude Lefort à la politique, c'est-à-dire inachevé, sans cesse à construire, et où alternent des opinions et des intérêts divergents. Bien sûr cet espace s'appuie sur un médium, un outil technique et peut faire naître une presse, une opinion mais comme a pût le faire l'Agora Athénienne, la Place du marché du Moyen-Âge. La grande différence résidant dans l’inexistence physique du lieu ; Et là aussi le jeu vidéo et ses études permettent d'en comprendre les secrets. Sur Internet les individus sont en co-téléprésence, comme le nomme Étienne Armand Amato 6. Bien que séparés physiquement les individus sont présents via le médium. Dans ce cas si personne de sain d'esprit ne peut contester le social de l'Agora Athénienne ou de la Place du Marché pourquoi le nier ou le négliger pour Internet ?

 

En fait cette vision et cette négligence proviennent tout deux d'une facilité de la pensée, d'un refus d'aller voir ce qu'est l'objet en lui-même. Un écran = un écran pour beaucoup. La technique ne pouvant en plus relever du social. Le livre, le cinéma et la presse ont d'ailleurs tout fait pour faire oublier leur dimension technique et en appeler à leur statut d'objet culturel.

 

Bien sûr si Internet est un espace social, qui plus est en construction permanent, les liens sociaux sont variables, évolutifs, territorialisés, Internet lui-même n'est pas exempt de défauts. Mais le penser encore et toujours comme média empêche alors de réfléchir à ces questions essentielles.

 

 

 

1 : À ce sujet, le 4 octobre 2010 dans le New Yorker, Malcolm Gladwel (« Small Change, Why the revolution will not be tweeted » : http://www.newyorker.com/reporting/2010/10/04/101004fa_fact_gladwell) considère que les pratiques notamment en ce qui concerne les réseaux sociaux s'apparentent à du « slacktivisme ». Le terme apparaît en 1995 et fut employé par Monty Phan, Barnaby Feder et Evgeny Morozov . Il permet à l'auteur de considérer l'engagement social, l'activisme sur les médias sociaux comme une légende. En effet, il ne s'agirait que d'un activisme mou, paresseux (slackeren anglais)

2 : « Les nouveaux médias rendent idiot », 9 aout 2012, Le Matin.ch : http://www.lematin.ch/high-tech/web/nouveaux-medias-rendent-idiot/story/13519617

3 : Laurent Joffrin, « La Commission Joffrin et les dérives du web , 27 août 2012, Le Nouvel Observateur.fr, http://tempsreel.nouvelobs.com/laurent-joffrin/20120827.OBS0520/la-commission-jospin-et-les-derives-du-web.html

4 : Mathieu Triclot, Philosophie des jeux vidéos, 2011, Zones

5 : Alexis Blanchet,  Des Pixels à Hollywood : Cinéma et jeu vidéo, une histoire économique et culturelle, 2010, Pix'N Love Editions

6: Etienne Armand Amato, « L’immersion en milieu ludique partagé et ses conditions de validité », OMNSH.ORG, http://www.omnsh.org/spip.php?article42

Par Respolitica - Publié dans : NTIC - Communauté : Politique française
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